Sondheim, Moriz
Gesammelte Schriften: Buchkunde, Bibliographie, Literatur, Kunst u.a. — Frankfurt a.M., 1927

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Profils Litteraires D'Outre-Rhin.
La litterature allemande confemporaine passe par une epo-
que de dispersion, dont le caractere capricieux et essentiellement
individuel est difficile ä formulen Depuis Goethe il n'est plus
venu de grand homme qui lui imprimät le sceau de son genie;
les romantiques ont dlsparu en laissant peu de traces, l'ecole
de Souabe estmorteavecsescreateurs, la „Jeune Allemagne" a
ete plutot un groupe politique qu'une ecole litteraire. Au-
jourd'hui nous n'avons en Allemagne rien qui ressemble aux
Parnassiens, Realistes, Naturalistes et Decadents de la France.
11 est vrai que les maitres sont, comme partout et toujours,
entoures d'un certain nombre d'imitateurs, mais il n'est pas
possible d'en former des groupes distincts. Un centre intellec-
tuel comme Paris n'existant pas, chaque ecrivain restant dans
sa province, les points de contact ne sont pas aussi nombreux,
les impressions moins identiques qu'en France, et chacun prend
ses idees, ses sujets et meme sa forme, ou bon lui semble.
Pour etudier le mouvement de la litterature allemande, il
faudra donc analyser Fun apres l'aufre ses principaux repre-
sentants. On trouvera ä cet examen que, s'ils ont de loin, comme
les Germains de Tacite, une grande ressemblance de race,
chacun d'eux cache en soi une individuaüte fortement accusee.
Cette etude sera d'autant plus utile que les auteurs alle-
mands dont les oeuvres sont connues en France, sont peu
faits pour donner une idee juste de notre litterature. Le drame
et le roman frangais ont chez nous une forte influence sur un
grand nombre d'esprits; nous avons une foule d'ecrivains qui
bätissent des dramas „ä Finstar de Paris" et confectionnent des
romans realistes portant sur la Couverture le sous-titre ,.Roman
berlinois", comme les ouvrages de Daudet se nomment „Romans
parisiens". Par une reciprocite naturelle, ces ecrivains, aux
qualites essentiellement frangaises mais sans originalite, sont
sympathiques ä la France, et les journaux parisiens oarlant
d'eux plus souvent que de tous les autres, on est arrive ä croire
ä une parente entre les deux litteratures, qui, en verite, n'existe
pas.
C'est entre tous M. Paul Lindau qui a le plus contribue ä
cette meprise. Homme d'esprit et de talent, M. Lindau, qui a
passe par la rüde ecole du journalisme, s'est continuellement
occupe de la litterature frangaise. 11 a publie une etude sur
Moliere, un volume sur Müsset. 11 a traduit les maitres de la
scene contemporaine, et, ä leur contact iournalier, il a reussi
ä leur arracher le secret de leur art; il a fait des pastiches<
d'Augier et de Dumas (auxquels on prefere en Allemagne les
originaux), il a ecrit des romans „dont les heroines
semblent avoir traverse les livres de M. A. Daudet"
et comme le constate melancoliquement M. Claretie, il est
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