L' art: revue hebdomadaire illustrée — 2.1876 (Teil 1)

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ardent et plus désintéressé pour s'en rendre maître, caractérisaient
nos ancêtres, ces hommes sur lesquels parfois nous jetons en
arrière un regard injustement dédaigneux... J'admets que, parmi
les productions modernes, il en est beaucoup qui attestent un vif
sentiment de la beauté, mais je crains que ce sentiment ne soit
trop souvent influencé par d'autres agents et d'autres pensées, et
notamment par l'esprit commercial qui domine. Si nous allons
en Amérique, si nous regardons à travers l'Atlantique ce pays
où l'esprit industriel est peut-être plus développé que partout
ailleurs, nous constaterons que le sens de la beauté manque sin-
gulièrement au peuple. Félicitons-nous donc du développement
des écoles de science et d'art, et que l'ouvrier anglais, s'il veut
maintenir sa situation au milieu des ouvriers du monde entier,
n'oublie pas que la culture artistique sera l'un des principaux
agents de son bien-être, i

L'orateur fait appel avant tout à l'initiative privée pour aider
à ce développement de l'instruction artistique, objet de ses vœux,
en revendiquant seulement le concours des autorités et des corps
constitués, et notamment pour Londres, le concours des gildes
municipales (London companies), lesquelles d'après lui, pour se
montrer dignes de leur passé et remplir leur mission véritable,
ont mieux à faire que de donner des banquets mensuels ou tri-
mestriels et de répandre des aumônes plus ou moins abondantes.

Il nous a paru intéressant de mettre ces citations sous les
yeux des lecteurs français. Ce n'est pas que nous songions à les
convertir à une idée qui pour eux n'est pas nouvelle. L'union du
beau et de l'utile est en effet, à notre époque, une idée toute
française, ainsi que le reconnaît l'illustre homme d'Etat anglais,
qui invoque précisément l'exemple de la France pour stimuler le
zèle de ses compatriotes. Mais il est bon que l'industrie française,
fiére de la beauté de ses produits, ne s'endorme pas sur ses lau-
riers. Il importe qu'elle se tienne en garde contre la concurrence
que lui prépare l'émulation de l'étranger, et qu'elle redouble
d'activité pour se mettre en mesure de soutenir vaillamment la
lutte.

L'émulation de l'Angleterre date de la première exposition
universelle, qui eut lieu à Londres en 1851. C'est en 1852 que
fut fondé ce département des sciences et arts auquel M. Gladstone
a fait allusion dans son discours. Le jour même où il prononçait
ce discours, un autre orateur rappelait ce fait dans une autre
assemblée ayant le même objet que celle de Greenwich. Cet ora-
teur n'est autre que le prince Léopold, le plus jeune fils de la
reine d'Angleterre, lequel a présidé le 11 novembre à la distri-

RT.

bution des prix aux élèves des écoles de science et d'art de la
ville d'Oxford, et sa participation à cette cérémonie, comme celle
de M. Gladstone à la cérémonie de Greenwich, dit assez l'im-
portance que les hautes classes de la société anglaise, les hommes
les plus éminents, le gouvernement, la royauté elle-même,
attachent au développement de l'industrie artistique dans leur
pays.

En 1851 la supériorité de la France sur l'Angleterre, à ce
point de vue, était écrasante. Depuis cette époque l'Angleterre
n'a cessé de progresser, et un éminent écrivain français, Prosper
Mérimée, témoin de ses progrès aux expositions universelles de
1855 et ^e 1862, les a recommandés à l'attention du public fran-
çais dans des articles qui ont faic sensation. Nous empruntons au
discours du prince Léopold, à Oxford, une petite statistique qui
les explique : « En 1852, lors de l'institution du département
des sciences et arts, il y avait en Angleterre 20 écoles d'art et
7,117 élèves. En 1874, il y a 132 écoles d'art recevant
24,138 élèves; 653 classes du soir fréquentées par 21,851 étu-
diants; 23,735 écoles élémentaires ec diurnes où le dessin est
enseigné à 290,425 enfants; et 46 écoles normales, où 3,475 étu-
diants apprennent le dessin; en tout 3,204 localités où le dessin
est enseigné à 339,889 individus, d'après les instructions du
département des sciences et arts. Il y a en outre à South Ken-
sington une école normale centrale des arts, fondée en 1852, et
une école normale des sciences établie depuis trois ans. «

Voici encore un passage de l'allocution du prince Léopold
qui mérite d'être pris en très-sérieuse considération : « Dans les
quinze dernières années, les fabricants de meubles, étoffes, por-
celaines et faïences, et autres objets pour lesquels le dessin, le
goût dans la décoration sont des éléments essentiels, avaient cou-
tume de faire venir de France la plupart de leurs dessins et mo-
dèles. Maintenant, au contraire, les manufacturiers français
imitent souvent les dessins anglais, et c'est pour eux une façon
de faire valoir leurs marchandises que de constater qu'elles sont
selon le goût anglais. »

Le prince a eu la galanterie de prononcer ces derniers mots
en français.

Nous ne voulons pas pousser à ce propos le classique caveant
consules, d'autant plus qu'il y a peut-être quelque exagération
dans les assertions du prince Léopold ; mais elles n'en sont pas
moins de nature à faire réfléchir ceux qui ont souci des progrès
de l'industrie française e: de son rang dans le monde.

T. Chasrel.

CHRONIQUE FRANÇAISE

— M. le baron Henry de Geymuller, architecte, fait paraî-
tre chez Baudry, éditeur, - 15, rue des Saints-Pères, et chez
Lehmann et Wentzel, libraires, 17, Opernring, à Vienne, un
ouvrage d'une extrême importance : Les Projets primitifs pour
la basilique de Saint-Pierre de Rome, par Bramante. Raphaël
Sanjio, Fra Giocondo. les Sangallo. publiés pour la première
fois en fac—simile avec des restitutions nombreuses et un texte.

— Sous ce titre : Aphrodite-Eros , M. Jules Soury a inséré
dans le journal le Temps une Etude d'art et de mythologie fort
remarquée et fort remarquable.

— A cause des fêtes de Noël, l'Académie des Beaux-Arts
n'a pas tenu séance samedi 25 décembre.

— On se souvient de l'empressement avec lequel les artistes

ont envoyé, qui une esquise, qui un dessin, qui un tableau aux
organisateurs de la souscription en faveur des inondés. L'expo-
sition de ces œuvres commencera le 3 janvier au Cercle des
Amis des arts, rue de la Chaussée-d'Antin, pour se terminer le 12.
Le prix d'entrée, qui sera naturellement perçu au bénéfice des
victimes des inondations du Midi, est fixé à un franc par per-
sonne. La vente sera faite à l'hôtel Drouot les 17, 18, içet 2ojan-
vier, après un jour d'exposition.

Nous ferons à cette place même une rapide revue des tableaux
ou statuettes qui nous sembleront intéressants.

— Une indiscrétion toute neuve. M. Bonnat vient de termi-
ner l'esquisse d'un grand tableau appelé à faire sensation. Le
sujet est la Flagellation du Christ.
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