L' art: revue hebdomadaire illustrée — 2.1876 (Teil 1)

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CHRONIQUE

— Puisque l'occasion nous amène à parler de M. Chapu,
disons que le grand artiste vient de terminer un buste de
M. Alexandre Dumas père. Ce buste, plus grand que nature, est
remarquable par l'entrain et le brio de son exécution. L'auteur
des Mousquetaires est représenté en chemise; le col ouvert
dégage une partie de la poitrine. Sous la masse de cheveux
crépus la large face s'épanouit d'un gros sourire spirituel. C'est
bien la, dans son attitude débraillée, dans sa bonhomie bienveil-
lante, le bohème qui fut un grand homme.

— Une exposition rétrospective et quinquennale des beaux-
arts va être fondée. Nous en reparlerons dès que des décisions
auront été prises.

— M",e veuve Chaudesaigue a légué à l'Académie des
Beaux-Arts une rente annuelle de 2,000 francs en faveur
d'un jeune architecte, auquel cette somme sera remise après con-
cours afin qu'il puisse séjourner pendant deux ans en Italie et y
terminer ses études.

Ce concours a lieu tous les deux ans. Le sujet donné était
cette année : Une porte d'entrée dans un parc. Le prix a été
remporté par M. Benouville (Pierre Louis), élève de M. André
et fils du peintre paysagiste.

— Les exposants français à Vienne, désirant témoigner leur
reconnaissance à M. Du Sommerard, commissaire général de
l'exposition française, lui ont offert une figure en marbre, moitié
grande comme nature et représentant la France industrielle ce
artistique, un flambeau à la main, éclairant les autres nations.
C'est M. Charles Gauthier qui a été chargé d'exécuter cette
statue. Les sujets allégoriques sont assez ingrats à traiter d'ordi-
naire. Une certaine banalité s'impose. L'artiste a su éviter cet
écueil. Sa figure a un grand style. La France est représentée
debout brandissant une torche dans sa main droite, elle tient
sous son bras gauche des palmes et des lauriers, à ses pieds se
trouvent les attributs de l'art et de l'industrie : la tête est ceinte
d'une couronne et coiffée d'un diadème ; deux bandelettes retom-
bent sur le cou. La poitrine se dessine sous une armure collante.
Une draperie entoure la ceinture, couvre la jambe gauche et est
soulevée par la cuisse droite tendue en avant. Point de ces
vilains plis froids et académiques. Le chiffonné de l'étoffe drapée
est d'une exécution amusante. En vérité, M. Du Sommerard a
reçu là une récompense digne de ses services.

— Le règlement du Salon vient de paraître. Nous le donne-
rons la semaine prochaine. Voilà toutes les émotions calmées.
L'exposition triennale est mort-née; les artistes en ont été quittes
pour la peur, ils vont retrouver leurs anciennes habitudes, car
les changements faits sont plutôt des modifications que des
innovations : i° les artistes hors concours seront seuls désormais
dispénsés de l'examen du jury d'admission, c'est dire que la classe
des exempts est supprimée. Je trouve cette mesure excellente,
elle va débarrasser l'exposition d'oeuvres qui n'avaient pas le droit
d'y figurer, et qui s'imposaient à la pitié du public. — 2° Depuis
quelques années les peintres avaienc la faculté d'envoyer trois

ÉTRANGÈRE. 31

tableaux, le règlement de 1876 limite à deux le nombre des
ouvrages, non-seulement pour la peinture, mais encore pour la
sculpture, la gravure en médailles et l'architecture. — 30 II n'est
plus nécessaire d'être exposant pour être électeur; les membres
de l'Institut, les artistes décorés [pour leurs œuvres, ou ayant
obtenu une médaille ou le prix du Salon, et les grands prix de
Rome, auront à l'avenir le droit de voter.

La composition du jury reste la même : les trois quarts des
jurés sont nommés à l'élection, le dernier quart est directement
choisi par l'administration. M. Cabanel s'est énergiquement-élevé
contre cette prérogative; il a demandé que les artistes eussent le
droit d'élire la totalité du Jury. Mais sa propositon n'a pas
prévalu.

— On va inaugurer le 19 janvier, au cimetière de l'Est, le
monument élevé à la mémoire des gardes nationaux tués à Buzen-
val et dont les cadavres n'ont pas été réclamés par les familles.
Le conseil municipal a concédé un terrain de 30000 francs. Les
frais de construction ont été couverts par une souscription qui
s'est élevée à un chiffre de 12 000 francs. M. Magne est l'archi-
tecte de cette œuvre commémorative.

— Dans sa séance du samedi 27 novembre l'Académie des
Beaux-Arts a décidé qu'il y avait lieu de .pourvoir au remplace-
ment de MM. Labrouste, Barye et Pils décédés. Samedi pro-
chain on lira les lettres des candidats au fauteuil laissé vacant
dans la section d'architecture; dans quinze jours celles des can-
didats pour la sculpture; dans trois semaines enfin la section
de peinture aura son tour.

Ici quelques indiscrétions : la lutte pour l'architecture ne sera
pas très-vive; M. Vaudremer l'emportera vraisemblablement sur
ses concurrents, MM. Bailly et Davioud. — Pour la peinture
M. Bouguereau doit craindre beaucoup M. Bonnat qui sera un
terrible rival. — Pour la sculpture M. Chapu serrera de bien
près M. Thomas. MM. Bonnat et Chapu sont des candidats
nouveaux. Leurs adversaires se sont déjà présentés ; ils ont donc
le droit de l'ancienneté, c'est un droit bien sérieux... à l'Académie.

— Voici les noms des artistes auxquels la ville de Paris vient
de commander des travaux : Eglise Notre-Dame-de-La-Croix,
M. Machard, chapelle de la Vierge, 20 000 francs (le sujet n'est
pas encore décidé); M. Hussenot, cartons pour un chemin de
croix, 2 800 francs; M. Tournois, une statue de la Vierge,
6 000 francs; Palais de Justice. M. Lafrance (ex-pensionnaire de
la villa Medicis, revenant de Rome), un buste en marbre,
3 000 francs; M. Chatrousse, un buste en marbre, 3 000 francs ;
M. Priou, un portrait, 2000 francs; M. de Coninck, un portrait,
2 000 francs; M. Jules Jacquet est chargé d'une gravure de l'ex-
voto de Largillière à Saint-Etienne-du-Mont, 18 000 francs.

— M. Edouard Reynart, Administrateur des Musées de
Lille, vient de publier une cinquième édition considérablement
augmentée de son Catalogue des Tableaux, Bas-Reliefs et Statues
exposés dans les Galeries du Musée des Tableaux de la Ville
de Lille. Nous en rendrons compte prochainement.

CHRONIQUE

Allemagne. — M. F. Greller, l'auteur des fresques de
l'Odyssée, à Weimar, a entrepris de donner un pendant à cette
œuvre en exécutant, dans les mêmes dimensions, un cycle de
compositions tirées de l'Iliade. Trois cartons sont déjà terminés,
et l'artiste a l'intention d'achever cette œuvre importante en
Italie, où il se trouve en ce moment. C'est la maison Bruckmann
qui est chargée de cette entreprise artistique.

— Une vente intéressante a eu lieu à Cologne au commence-
ment de novembre. Une partie de la collection d'objets d'art
industriel de M. A. von Minutoli, de Liegnitz, a été vendue aux
enchères. Une partie considérable de cette collection avait déjà

ÉTRANGÈRE

2 décembre 1875.

été acquise par le gouvernement prussien, tandis que les tableaux
avaient été retenus par M. von Minutoli. Les objets vendus à
Cologne sont de grande valeur, et représentent toutes les époques
et toutes les branches de l'art industriel.

Angleterre.—M. George Smith, du British Muséum, qui
avait quitté Londres, le 4 novembre, pour sa troisième expédi-
tion en Asie Mineure, a écrit à l'un de ses amis, en date de Cons-
tantinople, 16 novembre, qu'en présence de la situation poli-
ique actuelle de la Turquie, il a vainement tenté d'obtenir du
gouvernement ottoman le firman nécessaire à' la continuation de
ses explorations assyriennes. M. Smith annonce son retour en
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