L' art: revue hebdomadaire illustrée — 2.1876 (Teil 1)

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LE TABERNACLE DE LÉAU

eu de voyageurs visitent la petite ville de Léau, située en dehors du réseau des
chemins de fer belges, tout près de la limite orientale de la province de Brabant, à
une ou deux lieues de Saint-Trond (Limbourg belge). Encore moins connaît-on son
église, bien qu'elle soit à la fois un bijou de l'art ogival et un musée par les objets
d'art de toute nature qu'elle contient : peintures, dinanderies, rétables sculptés,
couronnes, lumières, etc.
Mais le plus précieux de ses trésors est incontestablement son tabernacle. C'est un des chefs-
d'œuvre de l'ancienne sculpture flamande si florissante encore au xvne siècle. Le tabernacle de
Léau, daté de 1552, est digne d'être comparé au plus belles productions de la statuaire italienne
du xvie siècle. Qu'on se figure une sorte de pyramide à jour, qui part du pavé de l'église pour
s'élever à cent pieds plus haut, jusqu'à la voûte, et que décorent environ h-ois cents figures, distri-
buées sur neuf étages, en une série de compositions, de groupes, de bas-reliefs d'une intarissable
invention et d'une admirable ordonnance.

11 faudrait un volume rien que pour l'analyse de tous les sujets. Leur choix, leur enchaînement
sont des plus remarquables. La seule description iconographique de l'œuvre serait d'un vif intérêt.

Quant à l'exécution, chaque figure, chaque détail de l'architecture ou de l'ornementation est un
type de finesse, de goût, d'élégance. Le chef-d'œuvre est complet. Il est taillé d'un bout à l'autre
dans la pierre blanche et n'a coûté que 600 florins du Rhin, aux termes du contrat retrouvé dans les
archives de la ville de Léau, par M. Piot, chef de section aux archives du royaume de Belgique. Le
monument fut donné à l'église par Martin de Wilre, seigneur d'Oplinter, et par sa femme Marie
Pellepeerts, dont la pierre tombale est encastrée dans le mur, en face même du tabernacle.

Voici du reste ce qu'en dit M. Piot dans une savante « Notice historique sur la ville de Léau »
qui a paru dans les deux premiers volumes de la Revue d'histoire et d'archéologie1 :

« Contre le mur (dans le transept gauche de l'église de Saint-Léonard) se trouve le tabernacle,
œuvre d'une conception et d'une exécution admirables, qui y fut placé en 1552 (ainsi qu'il résulte d'un
compte de 15^2-53'). Haute de cent pieds et large à sa base de huit pieds, cette construction en forme
de pyramide, élevée en pierre, est divisée en neuf étages, composés chacun d'un certain nombre de
niches dans1 lesquelles sont des groupes tirés de l'Ancien Testament. Une balustrade en cuivre
l'entoure2. Le tout est un don fait à l'église par Martin de Wilre, seigneur d'Oplinter, et par sa femme
Marie Pellepeerts3. Leur tombeau, placé vis-à-vis du tabernacle, représente les deux époux en bas-
relief, avec l'inscription4 :

HIKR LEYT BECRAVÉ DIE EEDELE JONCKER MARTÊ
VA WILRE HEERRE VA OP LINTERÈ HY STERF INT
J A RE ONS HEERRÈ 1558 13 Xbre EN JOFFRAU
MARIA PELLEPEERTS SYN HUYSVROL'WE DIE
STERF A" 1554 23 Xbrc EN DE H F. B B È TER EERRE
GOEDTS DIT SACRAMÈTS HUYS HIER GESTELT

« La circonstance que ce magnifique monument, l'un des plus beaux du style de la renaissance,
fut donné à l'église, nous donna peu d'espoir d'en trouver l'auteur. Cependant nous sommes assez

1. Bruxelles, 1859 et 1860, chez Emm. Devroye, imprimeur du Roi; tome II, pages 64 et 65.

2. 1 Le compte de 1552-53 mentionne un payement fait à Jean Pans, pour confection d'une lampe en métal et de chandeliers placés
dans le tabernacle. »

3. « La famille de Pcylepeert ou Pellepeerts était de Léau ; plusieurs de ses membres y occupèrent des places d'échevin pendant le
xv siècle et le xvl'. Trois membres de la famille de Wilre, et portant tous les trois le nom de Martin, furent mayeurs de Tirlemont,
de 1465 à 1468, de 1468 ;i 1471 et de 1474 à 1489. »

4. Voici la traduction de cette inscription en langue flamande : Ci-gisent noble sire Martin de Wibre, seigneur d'Oplinter ; il mourut
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