L' art: revue hebdomadaire illustrée — 2.1876 (Teil 1)

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L'ART.

qu'on a le tableau en main. Mais il ne l'a jamais vu, et pour
cette bonne raison qu'il lui aurait été impossible de pénétrer,
sans une permission papale, dans le couvent, où le tableau fut
conservé.'

< Qui donc était Isabetta de Gubbio, mère de quelqu'un
dont le nom, jadis écrit au revers du panneau, a été effacé par le
temps ? Il semble étrange qu'en écrivant sur l'histoire artistique
de cette époque, où Raphaël occupe la plus grande place, il n'ait
pas vu de suite que l'acquéreur du tableau était Isabetta, fille de
Frédéric de Montefeltro, duc d'Urbino, sœur de Guidobaldo,
duc d'Urbino, femme de Robert Malatesta, seigneur de Rimini,
et mère supérieure de ce couvent de Sainte-Claire. Car la
duchesse Isabelle n'a jamais été mère dans un autre sens du mot.
Sa vie est le type de la destinée habituelle des dames de sa race
à cette époque. Née en 1461, elle est fiancée en 1471 à Robert
Malatesta, seigneur de Rimini, comme gage de réconciliation entre
les deux maisons de Gubbio et de Malatesta, longtemps désunies.

« Le mariage est célébré le 24 juin au milieu des fêtes et
réjouissances de toute la ville de Rimini, qui se prolongent pen-
dant sept jours. Mais dix jours après, à peine remise de ses
fatigues, la jeune duchesse eut à paraître à une autre série de
fêtes bruyantes en l'honneur du baptême d'un enfant, le fils de
son mari et d'une autre Isabetta, sa maîtresse, fille de Obizio
Aldobrandini de Ravenne, dont Malatesta eut par la suite beau-
coup d'autres rejetons! La duchesse, après douze années de
mariage, restait sans enfants; au bout de cette période, elle
reçoit à la même heure, le même jour, la nouvelle de la mort de
son mari et de son père, tombés tous deux dans une bataille san-
glante près de Velletri; elle retourne à Urbino, y érige le cou-
vent de Sainte-Claire, le dote de tous ses biens, s'y fait elle-
même religieuse er en devient la première « mère » ou mère
supérieure.

« Revenons un instant à l'inscription qui est au revers du
tableau. Nous remarquons que la date n'est pas placée comme
elle l'aurait été, si on avait eu l'intention d'indiquer le temps où
le tableau fut exécuté, ou l'époque à laquelle il fut acheté. Le
groupement des mots et la nature et la position de l'écriture (nous
avons comme exemples de faits analogues les usages et les prati-

ques des couvents et des maisons italiennes en cette matière)
démontrent que l'inscription entière devait se lire de la façon sui-
vante :

« Ce tableau a été acheté par Isabetta de Gubbio, mère supé-
t rieurede ce couvent. Raphaël Santi d'Urbino l'a peint. Évalué
« en 1548 (évidemment l'époque à laquelle l'inventaire de la pro-
• priété du couvent a été dressé) à 25 florins. »

« A partir de cette époque jusqu'à son acquisition par le pro-
priétaire actuel, de nombreux faits prouvent qu'il est resté, comme
nous le dit un écrivain, • gardé par les religieuses avec un soin
« jaloux » dans le couvent de Sainte-Claire à Urbino. Et si le
monde et ses usages n'avaient pas beaucoup changé depuis que
Frédéric de Prusse essaya de l'acheter aux religieuses, le banquier
américain n'aurait pas réussi là où le monarque prussien a échoué.
Cependant bien avant l'époque où l'inscription que nous venons
de décrire fut mise au revers du panneau, le nom de l'auteur y
avait été inscrit, également sur le revers du tableau, mais beau-
coup plus haut. Cette dernière inscription est presque entière-
ment effacée par le temps, mais un examen attentif, dans un bon
jour, fait encore découvrir, écrits en caractères larges, ronds,
très-bien formés, les mots « Rafaël Santé, » qui, selon toute pro-
babilité, ont été écrits au moment où le tableau fut peint.

a En somme, le fait que le tableau ravissant, maintenant en
possession de M. Hooker, a été peint par Raphaël dans sa jeu-
nesse peut être considéré comme établi, sans possibilité de doute.
Un intéressant petit volume, décrivant le tableau et son histoire,
a été rédigé et publié à Rome par le savant chanoine Farabulini,
professeur au séminaire du Vatican. Il examine longuement les
théories de quelques critiques d'art qui ont publié des opinions
relatives au tableau dont il s'agit et qui l'attribuent à d'autres
artistes de la même époque. Et la discussion ne laisse pas que
d'offrir de l'intérêt. Mais l'importance de toutes ces théories,
exprimées par des personnes n'ayant pas eu occasion d'examiner
par eux-mêmes l'inscription au dos du tableau, et par conséquent
très-embarrassées pour l'interpréter, devient très-mince en ce
qui concerne la question de l'authenticité même de l'œuvre. »

GlORGï HUTCHI.VSON.

CHRONIQUE

— La date de l'inauguration du monument élevé à la
mémoire d'Henri Regnault est encore ajournée... Les archi-
tectes n'ont même pas encore commencé les travaux... En vérité
on ne saurait trop regretter ce retard : le 19 janvier était, comme
on le sait, l'anniversaire de la bataille de Buzenval et de la mort
du grand artiste.

— L'exposition des œuvres de Pils a été ouverte le samedi
15 janvier à l'Ecole des Beaux-Arts dans la salle Melpomène...
L'Art consacrera un article à l'étude de l'œuvre immense du
peintre de batailles.

— M. Jules Lefebvre exposera cette année au Salon deux inté-
ressants portraits... L'auteur de la Cigale travaille en ce moment

. à l'esquisse d'un grand plafond pour le palais du Luxembourg.

— On sait que l'art dramatique n'absorbe pas tout entière
M"e Sarah Bernhardt; l'éminente actrice est sculpteur. Nous pou-
vons annoncer pour le Salon prochain une œuvre des plus intéres-
santes; c'est un grand groupe intitulé Après la tempête et repré-
sentant une vieille femme assise tenant sur ses genoux le cadavre

*

noyé de son petit-fils. Le corps de l'enfant dont la tête retombe
en arrière, les yeux à demi fermés et la bouche ouverte, est d'une
très-belle tournure. Certains morceaux largement traités sont
réellement remarquables. La figure de l'aïeule, contractée par la
douleur, énergique, sillonnée, a un caractère de découragement
saisissant. Il y a dans cette œuvre une audace qui atteint parfois
la puissance.

FRANÇAISE

>

— Puisque nous parlons de l'exposition de 1876, il convient de
signaler un tableau de M. E. Hillemacher, représentant l'Entrée
des Turcs à Constantinople. La scène se passe dans l'église Sainte-
Sophie; les fidèles, rassemblés prés du prêtre autour de l'autel,
attendent en prière les Turcs qui viennent de franchir les degrés
du temple et se répandent en masses furieuses... Nous croyons
que ce tableau, très-bien composé et plein de mouvement, est
appelé à un grand succès.

— On se rappelle avoir vu à l'exposition des œuvres com-
mandées par la ville de Paris cinq grandes et belles verrières exé-
cutées par M. Oudinot. Ces verrières viennent d'être placées au
chevet de l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas, où elles font le
meilleur effet. Il est à remarquer qu'elles sont peintes en gri-
saille sur un fond de mosaïque d'or. Il y a là un effet heureux
en même temps qu'un progrès accompli.

— M. Oudinot achève en ce moment la restauration des
vitraux de Jean Cousin à la Sainte-Chapelle de Vincennes.

— La Commission archéologique de Reims a décidé qu'à
l'occasion du concours régional qui doit se tenir à Reims en
mai 1876, elle organiserait une Exposition rétrospective.

Cette exposition sera ouverte du 17 avril au 19 juin 1876.

Elle se composera de tableaux d'artistes décédés et d'objets
d'art et de curiosité recueillis à Reims et dans les départements
voisins et dont l'existence pourra dater des temps les plus recu-
lés, jusqu'à la fin du xvine siècle.
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