L' art: revue hebdomadaire illustrée — 2.1876 (Teil 1)

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DE QUELQUES SCULPTEURS

DES XVIII' ET XIX' SIÈCLES

n ne connaît guère aujourd'hui parmi le public, ni même parmi les
amateurs et les artistes, les sculpteurs qui ont vécu dans les vingt-
cinq dernières années duxvm6 siècle et au commencement du xix'.
A quelques exceptions près, telles que Pigalle, Falconet, Houdon,
Clodion, on ne sait que leurs noms, et encore pas toujours. Deux ou
trois d'entre eux pourtant sont dignes d'un meilleur sort. Leurs
œuvres, dispersées çà et là, souvent englobées dans des masses
architecturales dénuées de grandeur et de beauté, passent inaper-
çues; mais celles qui sont au Louvre, dans les salles des sculptures
modernes, suffisent à caractériser leur rôle dans l'histoire de l'art.
Outre leur valeur intrinsèque, elles ont le mérite de marquer la transition entre ce qu'on est convenu
d'appeler en sculpture le style du xvin" siècle et le style de notre temps.

Inférieur à Guillaume Coustou, à Bouchardon, à Allegrain, à J. B. Lemoyne, à Falconet, Pajou 1
peut être considéré comme l'expression assez exacte de la sculpture française sous le règne de Louis XV
à l'époque de la du Barry. Il avait de l'adresse, de l'habileté, une exécution preste et facile; il concevait
bien un groupe; il chiffonnait agréablement une draperie; mais il confondait l'afféterie avec la grâce,
il maniérait ses figures de Nymphes, de Naïades ou de Bacchantes; il leur faisait des yeux en coulisse
et des bouches grimaçantes ; il ne tirait pas tout le parti possible de la réalité quand il était en face
d'elle, et, s'il la modifiait, c'était rarement au plus grand avantage de l'art. 11 exposa au Salon de 1767
les bustes du feu Dauphin, du Dauphin son fils, du comte de Provence, du comte d'Artois, à propos
desquels Diderot s'écriait : « Plus plats, plus ignobles, plus bêtes que je ne saurais vous le dire.
O la sotte famille... en sculpture! » Il avait une sorte de vogue qu'il exploitait sans vergogne en
produisant des œuvres plus remarquables par le nombre que par le caractère et l'originalité, ce
qui faisait dire à Diderot : « Pajou a écrit à sa porte, pour devise, la maxime de Petit-Jean : « Sans
« argent, sans argent, l'honneur n'est qu'une maladie. » De tout ce qu'il a exposé, je n'en estime rien.
J'ai suivi cette longue enfilade de bustes, cherchant toujours inutilement quelque chose à louer. Voilà ce
que c'est que de courir après le lucre. Je vois sortir de la bouche de cet artiste une légende : De con-
temnenda gloria; écrit en rouleau autour de son ébauchoir : De pane lucrando; et sur la frange de son
habit : Fi de la gloire, et rirent les écus! 11 n'a fait qu'une bonne chose depuis son retour de Rome.
C'est un talent écrasé sous le sac d'or. Qu'il y reste. »

Très-différent était Ph. L. Roland, élève de Pajou, qui fut agréé de l'Académie royale en 1782%
A en juger par son buste du peintre Suvée et sa statue d'Homère, qui sont au Musée du Louvre, il
avait le respect de son art et de lui-même. Le buste, daté de 1788, est d'une facture souple et ferme,
peut-être un peu maigre, assez analogue à celle de certaines œuvres de Houdon. Il est vivant, individuel,
et l'on n'y voit pas trace de ce style qu'on appelait, dans l'école de Jacques Louis David, académique,
et qui est la complète contradiction de ce que depuis on a désigné sous ce nom. L'Homère — il est

I. Élève de Lemoyne, Augustin Pajou, né à Paris le 19 septembre 1730, mourut le 8 mai 1809. Il est représenté au Louvre par son
Pluton tenant Cerbère enchaîné à ses pieds, qui date de 1760 (c'est son morceau de réception à l'Académie), par les bustes de Buffon et de
Madame du Barry, tous deux de 1773, par une Bacchante, de 1774, par la statuette en terre cuite de Bossuet, de 1779, le buste de M. habile,
père de Mlle Guiard (1784) et par la Psyché, qui date de 1790.

a. Philippe Laurent Roland naquit à Marcq, près Lille, en 1746, et mourut le ti juillet 1816. Le Louvre possède de lui deux bustes :
Suvée, terre cuite (1788), et Eustache Lesueur, marbre (1806), et la belle statue d'Homère, qui est de 1812.
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