L' art: revue hebdomadaire illustrée — 2.1876 (Teil 1)

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CHRONIQUE

FRANÇAISE.

pris pour le jour où le déplacement serait consenti : ce serait de
proposer à M. le ministre de consacrer une somme de 25,000 fr.,
pendant trois années, sur le budget des beaux-arts, à des copies
qui seraient exécutées sous votre direction et qui prendraient la
place de vos peintures, comme la copie du Ciel d'Homère, exé-
cutée par MM. Balze et Michel Dumas, sous la direction de
M. Ingres, a pris la place de l'original à l'un des plafonds du
Louvre.

« Garnier, à coup sûr, éprouvera tout d'abord un gros crève-
cœur de voir priver son monument de l'un de ses plus puissants
attraits ; mais il serait homme à comprendre mieux que personne
qu'il y a là un intérêt majeur pour l'honneur de l'école française,
et comme il est bien un peu pour quelque chose, lui aussi, dans
la naissance de ces œuvres-là, il ne peut pas leur vouloir du mal.
D'ailleurs, les répétitions parfaites qui seraient substituées à vos
originaux laisseraient à son foyer toute sa pompe et son har-
monie, et le sens décoratif dans lequel il l'a conçu.

« Mais la question qui me préoccupe et qui n'est point si
facile à résoudre, c'est celle du local nouveau qui recevrait l'en-
semble immense de vos peintures. Ce local, je ne le vois pas
bien clairement aujourd'hui, et demander en ce moment au pays,
qui n'a pas encore repris l'équilibre financier qu'ont, pour long-
temps encore peut-être, compromis nos malheurs publics, la
construction d'une galerie spéciale ne me semblerait pas avoir
grandes chances d'être acceptée par l'administration, laquelle a
tant de ruines à réparer au Louvre, à l'Hôtel de Ville, un peu
partout. •

« Vous avez pensé que les toiles de l'Opéra pourraient'décorer
une galerie qui serait consacrée à la sculpture moderne; et cette
galerie, en effet, est bien utile, puisqu'à l'heure qu'il est notre

pauvre sculpture craque à l'étroit dans un magasin indigne d'elle
au rez-de-chaussée du Luxembourg.

• Mais je crois mieux m'intéresser que vous à la conservation
de votre œuvre, en redoutant pour elle les rez-de-chaussée si
humides, qui sont pourtant la place obligée des sculptures ; et
pour sauver vos peintures de l'enfumement des lumières, je ne
les voudrais pas voir condamnées à périr par l'humidité au bout
d'un court espace d'années. Jugez-en par les dégradations qu'ont
subies les fresques de Romanelli au rez-de-chaussée du Louvre,
et qui les ont déjà obligées depuis deux siècles à diverses res-
taurations complètes. Mais cherchez si, au Louvre, on ne pourrait
point utiliser vos poétiques compositions comme plafonds et
comme voussures dans la décoration des salles de l'ancien musée
Campana, derrière la colonnade.

« Cherchez si Lefuel ne pourrait pas, soit dans ses construc-
tions nouvelles du Louvre, du côté du pavillon Marsan, soit dans
le grand vaisseau de ce qui devait être la nouvelle salle des Etats,
leur trouver une application digne d'elles. A défaut de ces em-
placements, qui me séduiraient plus particulièrement, moi, vieil
enfant des musées, voyez donc si dans le nouvel Hôtel de Ville
Ballu n'aurait pas une galerie, pour laquelle ce serait une déco-
ration toute faite et inespérée. Aidez-nous un peu à trouver cela.

« Vous savez mieux que nous-mêmes ce qui peut convenir à
vos peintures comme jour et comme éloignement de l'œil. Votre
œuvre vous secondera assez d'elle-même, et c'est aux architectes
à se la disputer.

« Votre cordialement dévoué,

« Ph. de Chennevières. »

« 2j janvier 1U76. »

CHRONIQUE

M. Edouard Charton, membre de l'Assemblée nationale, est
l'auteur du Rapport fait au nom de la Commission des services
administratifs sur la direction des Beaux-Arts au Ministère de
l Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts. Nous pu-
blions la conclusion de cet important document ; l'étude attentive
à laquelle s'est livrée la Commission s'y trouve résumée.

« Votre Commission croit pouvoir exprimer les vœux sui-
vants :

« Il lui paraît désirable, et conforme à la classification géné-
rale des services publics, que l'Administration des Beaux-Arts
reste désormais annexée au département de l'instruction publique,
par ce motif principal que les arts, leur étude et leurs progrès
sont incontestablement au nombre des éléments essentiels de la
culture intellectuelle du pays.

« Les conséquences de cette annexion et des modifications
d'organisation intérieure qu'elle peut nécessiter doivent être de
donner aux attributions de l'Administration des Beaux-Arts et à
son but un caractère plus déterminé, et de constituer définitive-
ment son unité, de sorte qu'il devienne plus difficile dans l'avenir
de la décomposer arbitrairement et d'en disperser les parties,
comme cela est arrivé trop souvent dans le passé.

« Une autre conséquence doit être de rendre son unité moins
sujette aux contestations, son rapprochement des directions de
l'instruction publique tendant à démontrer que, si la première et
la plus importante de toutes ses attributions est très-incontesta-
blement celle qui a pour but de seconder les aspirations les plus
élevées et les plus désintéressées des artistes, elle a cependant aussi
pour devoir de ne négliger aucun effort pour propager désormais
plus efficacement le goût et l'étude des arts à tous les degrés
de la société, et sur la plus grande étendue possible de la
France.

« Parmi les divers moyens indiqués plus haut comme pou-
vant le mieux concourir à favoriser et à généraliser la culture

FRANÇAISE

>

des arts, il en est deux que votre commission croit devoir recom-
mander particulièrement à M. le Ministre : l'un serait la partici-
pation directe de la Direction des Beaux-Arts dans l'enseignement
des établissements publics de l'instruction secondaire et de l'ins-
truction primaire; l'autre serait l'encouragement des tentatives
qui ne peuvent tarder à se produire en vue de la fondation de
nouvelles écoles et de musées d'art appliqué à l'industrie.

« Le Président de l'Académie des Beaux-Arts a dit récemment
dans une séance solennelle :

« On dispute à la France la suprématie artistique : de toutes
« parts on s'efforce de la lui enlever. «

« Ces paroles, qui n'ont pas été sans retentissement, ne sont
pas les premières qui aient signalé un danger trop évident; elles
n'ont rien d'exagéré; elles doivent s'entendre de la nécessité de
se préoccuper plus vivement des développements de la culture
de l'art, d'abord et avant tout sans doute dans ce qu'il a de plus
élevé et de plus dégagé de tout intérêt matériel, mais aussi dans
son application aux diverses industries qui lui empruntent toute
leur valeur ; elles s'adressent principalement aux artistes, mais
elles doivent aussi éveiller la sollicitude de l'administration, qui
ne saurait ignorer ou regarder avec indifférence quoique ce soit
de ce qui se fait en Europe dans l'intérêt des arts. Il ne faut pas
qu'on puisse dire qu'en France on discute, on hésite, on ajourne,
tandis qu'ailleurs on agit. Si l'on a vu des temps où l'exaltation
de notre amour-propre national admettait à peine même la sup-
position qu'il y eût aucun emprunt à faire, dans la voie du pro-
grès, aux autres peuples, ces temps ne sont plus ; l'expérience
nous a démontré combien trop de confiance en nous seuls pouvait
nous devenir funeste. Ce n'est pas d'ailleurs, à vrai dire, d'em-
prunts qu'il s'agit ici ; la pensée des innovations et des améliora-
tions que nous conseillons est née en France depuis beaucoup
d'années; en les appliquant à notre tour, nous ne ferons que
reprendre notre bien, et les autres nations, qui savent bien que
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