L' art: revue hebdomadaire illustrée — 2.1876 (Teil 1)

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EXPOSITION

DES

ŒUVRES DE BARYE

AU PALAIS DES BEAUX-ARTS

(fini.)

e public ne connaît guère de Barye que ses animaux, et l'on peut voir par
le catalogue de son exposition que ce sont eux en effet qui constituent la
plus grande partie de son œuvre. Mais il n'en faudrait pas conclure, comme
on fait volontiers, que sans doute il se sentait moins capable de faire
autre chose.

D'abord, pour s'en tenir à la question de fait, l'exposition ouverte en
ce moment suffit pour apprendre à ceux qui l'ignoraient que Barye a sculpté
environ une centaine de figures d'hommes et de femmes, qui ne craignent
nullement la comparaison avec ses représentations d'animaux. Cent figures
parmi lesquelles on compte des chefs-d'œuvre comme le Thésée et le Minotaure, la Minerve, Angé-
lique et Roger sur l'Hippogriffe, les quatre groupes de la Guerre, de la Paix, de la Force et de l'Ordre,
il faut avouer que cela peut passer pour une démonstration suffisante qu'il ne redoutait pas ce qu'on
est convenu d'appeler la grande sculpture.

Mais, en général, on ne se rend pas bien compte de la situation où se trouve un sculpteur qui
n'a que le talent de sculpter sans avoir celui de faire valoir sa sculpture. Les particuliers, même ceux

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qui ont des galeries, ne commandent guère de statues, et le nombre de ceux qui élèvent des palais
pour donner aux « tailleurs d'images » l'occasion de prouver leur génie se restreint chaque jour
davantage. C'est une conséquence des conditions économiques de la société moderne, c'est-à-dire
un fait absolument indépendant des volontés individuelles. La grande sculpture se trouve donc presque
complètement à la merci de l'État et des administrations municipales des grandes villes. C'est là
une première difficulté, mais ce n'est pas la seule pour les hommes comme Barye. La nature même
de son talent lui en créait une autre non moins grave. Il ne savait pas se plier au goût officiel. Il
comprenait l'art d'une certaine façon qui écartait de lui les commandes. Il ne savait pas même se
faire admettre aux expositions; il n'avait jamais pu obtenir le grand prix de Rome. Comment les
dispensateurs suprêmes des commandes officielles auraient-ils songé à s'adresser à ce refusé de tous
les jurys? Quelques juges impartiaux et compétents pouvaient bien protester au nom de l'art véritable
contre ces exclusions systématiques, mais que pouvaient leurs réclamations isolées contre le verdict
souverain des corps constitués, contre les condamnations répétées des hommes choisis officiellement
pour désigner au gouvernement les artistes qui méritaient sa confiance et ses faveurs? Barye n'avait
pas l'estampille. Il fallait bien qu'il en subit les conséquences ou qu'il se décidât à changer sa
manière. Mais c'est précisément ce qu'il ne voulut pas. 11 aima mieux rester Barye et il fît bien, mais
il n'eut pas de commandes et il dut faire en petit les grandes œuvres qu'on lui refusait les moyens de
faire dans les proportions qui leur auraient convenu.

Vers la fin de sa vie cependant il eut la chance de rencontrer un homme qui ne crut pas que ce
faiseur d'animaux fut pour cela incapable de sculpter des hommes. Il s'agissait de la décoration des

i. Voir tome IV, page 25.
Tome IV.

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