L' art: revue hebdomadaire illustrée — 2.1876 (Teil 1)

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NOTRE BIBLIOTHÈQUE

LVIII.

COMÉDIENS ET COMEDIENNES. La Comédie-Française.
Notices biographiques, par Francisque Sarcey. Portraits
graves a l'eau-forte, par léon Gaucherel. Paris, Librairie
des Bibliophiles, 3-58, rue Saint-Honoré. 1876.

plusieurs reprises notre ami, M. Léon Gau-
cherel, a envoyé au Salon des eaux-fortes repré-
sentant des artistes de la Comédie-Française repré-
sentés dans leurs rôles les plus caractéristiques.
Ces planches si fines, si spirituelles, enviées par
les collectionneurs qui ne pardonnaient pointa l'artiste de ne pas
les mettre en vente, ont séduit M. Jouaust et lui ont inspiré la
pensée de s'adresser à notre autre collaborateur, M. Francisque
Sarcey, le critique à l'autorité incontestée. Il en est résulté ce
livre excellent et charmant qui paraît par fascicules, dont le pre-
mier est consacré à la Maison de Moliire, et les suivants, chacun
à l'un de ces grands comédiens qui sont l'honneur du Théâtre-
Français. Il n'y a qu'à louer et sous tous rapports l'écrivain et
l'artiste; c'est une publication qui manquait et qui restera. C'est
Régnier et Got qui ouvrent la marche; on ne pouvait mieux dé-
buter que par les portraits de ces deux parfaits galants hommes
dont l'art dramatique a si justement le droit d'être fier.

Si je ne vois nulle part à m'attaquer à M. Gaucherel ou à
M. Sarcey, ce dont je me réjouis fort, j'ai le regret de ne pouvoir
louer sans restriction l'intelligent éditeur de ce beau livre qui, dès
la page 2 de la première livraison (elles ont chacune leur pagina-
tion spéciale), pèche par une méchante faute d'impression; on lit
à la onzième ligne : la Maison le Molière pour la Maison de
Molière; puis page 6, ligne 15, les quelles pour lesquelles.

Pour ne pas terminer par une critique, si légère qu'elle soit,
j'extrais de la première livraison le passage consacré à la destitu-

tion de M. Empis qui donne une idée malheureusement trop
exacte de la façon dont les ministres de l'Empire entendaient les
encouragements à l'art dramatique :

« Sous le second Empire, la position de l'administrateur gé-
néral était bien délicate. C'était la manie des ministres de
Napoléon III et de ses grands officiers de s'occuper un peu plus
que de raison de l'art dramatique et de ses progrès. Ils prenaient
parti pour des pièces que le comité s'était permis de refuser,
malgré leurs recommandations ; ils protégeaient de jeunes actrices
qui avaient plus de beauté que de talent, et qu'ils prétendaient
fourrer à toute force dans une des bonnes petites sinécures que
le sociétariat réserve aux jeunes femmes. L'administrateur était
terriblement embarrassé entre ces fougueux et tout-puissants pro-
tecteurs, qui le menaçaient de la colère du maître, et le comité,
qui représentait le bon sens, la justice, le goût éclairé du théâtre,
l'intérêt même de la maison.

« Tout le monde se rappelle encore la façon dont M. Empis,
un très-honnête homme, mais peu habitué aux ménagements de
paroles, fut frappé de destitution. Le ministre voulait absolument
qu'une jeune et aimable pensionnaire, fort connue par des succès
mondains, fût promue aux honneurs du sociétariat. M. Empis
résistait, prévoyant le scandale. La veille même du jour où se
devait faire l'élection, l'homme d'Etat fit venir l'administrateur
et le pressa d'user de son influence pour imposer au comité la
nomination de sa protégée; il y mit une insistance si impérieuse,
que M. Empis, poussé à bout, s'écria, dans un moment de mau-
vaise humeur :

« — Mais, monsieur le ministre, la maison de Molière est un
< théâtre, et non un... »

i II n'avait pas achevé la phrase, qu'il était déjà destitué, et
l'on ne sut jamais au juste ce que n'était pas la maison de
Molière. >

Henri Perrier.

CONCOURS DU VASE DE SEVRES

Il est bon de rappeler aux artistes que les concurrents pour le
prix du Vase de Sèvres doivent déposer leurs dessins au secréta-
riat de l'Ecole des Beaux-Arts, rue Bonaparte, le iermars pro-

chain, avant quatre heures du soir, terme de rigueur. Le conseil
de perfectionnement sera convoqué aussitôt, et le jugement rendu
dès les premiers jours de mars.

LES PEINTURES DE BAUDRY A L'OPERA

On avait prédit, il y a un peu plus d'un an, lors de l'inaugu- 1
ration du nouvel Opéra, un triste sort aux peintures de M. Bau-
dry. On craignait avec raison que le gaz et la buée n'amenassent
une détérioration rapide. Ces pronostics n'étaient malheureu-
sement que trop fondés. L'expérience a donné complètement
raison aujourd'hui à ceux qui voyaient avec frayeur l'œuvre
remarquable de M. Baudry exposée aux effets de tant d'agents
de destruction.

L'administration des Beaux-Arts s'alarme de cet état de
choses. La lettre que M. de Chennevières vient d'écrire à
M. Baudry prouve combien sont vives ses préoccupations. Mais
le remède proposé présente lui-même plus d'un inconvénient. Il
n'est pas facile de trouver ou de faire un emplacement conve-
nable pour des peintures qui ont été exécutées en vue d'une dé-
coration spéciale et dans des conditions architecturales très-
déterminées. En second lieu, que dureraient les copies qu'on
pourrait mettre à leur place? Faut-il se résigner à jeter périodi-

quement des sommes de cent mille francs dans la gueule de ce
minotaure? Ne serait-il pas plus simple de déplacer les becs de
gaz, ou du moins d'ajouter certains travaux qui rendissent possible
dans la partie supérieure du foyer de l'Opéra une ventilation,
que M. Garnier, trop préoccupé d'enfoncer Michel-Ange, a oublié
d'établir?

La lettre suivante vient d'être adressée par M. le marquis de
Chennevières à M. Baudry. Elle intéressera tous ceux qui s'oc-
cupent d'art :.

« Mon cher Baudry,

« Depuis que nous nous sommes entretenus de vos peintures
de l'Opéra, et des chances de rapide destruction de l'œuvre la
plus grandiose et la plus éclatante qu'ait accomplie un artiste
dans ce temps-ci, j'ai beaucoup réfléchi sur ce qu'il était possible
de faire pour parer à un tel désastre. Mon parti à moi est bien
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