L' art: revue hebdomadaire illustrée — 2.1876 (Teil 1)

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L'ART.

partageaient pour salaire le bénéfice aléatoire, la grande affaire
était le chiffre de la chambrée. Aujourd'hui encore, avec une
autre constitution, les sociétaires du Théâtre-Français continuent
de recevoir, sur un bulletin traditionnel, le chiffre du spectacle.
D'autres que La Grange recueillaient leurs bulletins, sans doute;
mais ne les ont gardés que le temps où ils en avaient affaire. Il
semble que La Grange ait tout de suite ouvert un livre pour y
recopier les siens jusqu'au bout. Charmant comédien, il était
également un homme d'ordre. Bientôt associé à la direction de
Molière, son théâtre, aussi bien que son art, devint l'intérêt
dominant de sa vie. Sa vie même se confondit avec celle du
Théâtre, et le livre de ses comptes particuliers prit naturellement
la physionomie d'un journal de la Troupe. On y sent, sous les
lignes, le mouvement intérieur, l'activité et l'âme de la maison.
Le programme du spectacle, la recette au bout, la division du
partage, ce détail aride en soi, s'anime, se colore d'un mot mis
à la marge, d'une note introduite, de l'incident-ou de l'événement
raconté qui émeut la Compagnie. Mémorandum sobre, réservé,
plein de choses, et de cette chose si considérable, le nom de
Molière, l'œuvre vivante de Molière, la suite, le succès et le pro-
grès de l'œuvre de Molière. Le milieu dans lequel Molière a vécu,
le voilà; voilà ses compagnons et ses pairs, l'âge héroïque de la
Comédie naissante. Voilà tous les petits emplois, tous les petits
offices, un passé inconnu qui sort de l'ombre avec son caractère
original, affirmé par un témoin irrécusable et par un livre qui est
un témoignage authentique.

« Pour ne pas diminuer la valeur de ce témoignage, la Co-
médie-Française, qui s'est fait un devoir de publier le Registre
de La Grange, la Comédie a tenu à ce que l'art du typographe
lui ôtat le moins possible de sa personnalité ingénue; et tout
d'abord la typographie l'a reproduit scrupuleusement page pour
page, en a accepté l'orthographe, cette orthographe libre et
usuelle du xvne siècle, qui était à son orthographe imprimée ce
qu'est la langue parlée à la langue écrite. Elle en a imité le for-
mat, les abréviations, les retours après coup, les signes plus ou
moins géométriques et même les couleurs à l'aide desquels La
Grange, volontiers silencieux, figurait sa pensée sans la dire.

« En l'état où elle se présente aujourd'hui, entreprise par les
soins de la Comédie-Française avec l'heureux concours de M. Claye
comme imprimeur et comme éditeur, la publication du Registre
de La Grange réjouira les bibliophiles par le grand air, aussi
bien que la curiosité de l'exécution typographique. Elle donne
satisfaction à un désir bien souvent exprimé par tous ceux qui
font de l'auteur du Misanthrope leur admiration et leur étude.
Les historiens du théâtre ne s'arrêteront pas à la triste date du

17 février, et trouveront ici, de 1673 à 1685, tout le travail de
reconstitution, honneur de La Grange, par lequel la Troupe du
Roi, tenue d'abord pour morte, finit par absorber la Troupe de
l'Hôtel après celle du Marais, et par fonder sur leurs ruines la
Comédie-Française déjà deux fois séculaire. A quelque point de
vue que l'on se place, le Registre de La Grange sera le com-
mentaire naturel et le complément des œuvres de Molière.

« Le Registre de La Grange, précédé d'une très-curieuse
Notice historique sur La Grange, forme un superbe volume in-40
recouvert en parchemin, et imprimé sur papier raisin fabriqué
spécialement en Hollande pour cetté publication1.

— M. Ribot termine en ce moment pour le Salon un portrait
de M"ie Gueymard, la célèbre cantatrice.

— M. Firmin Girard exposera cette année une toile appelée
le Quai aux Jleurs. brillante de ces couleurs vives, éclatantes
qu'affectionne l'artiste.

— Nous recommandons tout spécialement à nos lecteurs la
brochure de M. Eugène Mouton : La Bibliothèque de l'Ecole
nationale des Beaux-Arts. C'est le travail le plus complet qui ait
été fait sur cette bibliothèque qui a pris une si grande importance
grâce à l'intelligente direction de M. E. Vinet.

— Une nouvelle fantastique : On sait que M. de la Hante est
propriétaire du tableau de M. Meissonier, 1S14, qu'il a acheté
85,000 francs. Un marchand de tableaux que nous ne nommerons
pas (ce n'est pas M. Petit) a offert à M. de la Hante une somme
considérable, quelque chose comme 200,000 francs du iSi-f.. Le
spirituel propriétaire a fait répondre qu'il ne le donnerait pas à
moins de 250,000 francs; mais ce n'est pas tout, il exige qu'une
somme de 50,000 francs soit en plus offerte à M. Meissonier.
— 300,000 francs est le chiffre fatal auquel sont cotées les œuvres
du peintre de 1S07.

— Notre collaborateur, M. Louis Ménard, fait paraître à la
librairie A. Lemerre un charmant petit volume intitulé : Rêveries
d'un païen mystique. Nous sommes heureux de pouvoir signaler
à nos lecteurs ce nouvel ouvrage du critique érudit et conscien-
cieux, de l'helléniste distingué dont L'Art a donné des articles si
'ntéressants. Le savant est aussi un poète, un penseur plein d'ori-
ginalité; on le savait déjà, mais M. Louis Ménard a bien fait de
^e rappeler en publiant son délicieux volume.

— Le ministre de l'instruction publique, sur la proposition
de M. le marquis de Chennevières, a nommé chef de bureau
des beaux-arts notre collaborateur M. G. Lafenestre, en rem-
placement de M. Alexandre, admis à la retraite. Par le même
décret, M. Mayou a été nommé sous-chef, en remplacement de
M. Lafenestre.

CHRONIQUE

Allemagne. — Le Musée de Berlin a fait l'acquisition du tableau
de Manfrtni Giorgione, généralement et inexactement désigné sous
le titre de « La famille de Giorgione » et décrit par MM. Crowe
et Cavalcaselle dans leur ouvrage sur la peinture de l'Italie sep-
tentrionale, vol. II, p. 136. Le même musée a fait l'acquisition
de trois tableaux de la collection Patrizzi à Rome : un Raphaël,
qui est en réalité un superbe portrait de Francia Bigio, un
petit Signorelli (rond) et un portrait attribué à Sébastien del
Piombo.

— Le prince Charles de Prusse, par l'intermédiaire de son
aide de camp, le major von Prithwitz-Gaffron, archéologue pas-
sionné, a offert au musée de Brandebourg, à Berlin, une intéres-
sante collection d'antiquités préhistoriques et moyen âge de la
Marche de Brandebourg, plus de quatre cents objets parmi les-
quels des armes et des objets en bronze des époques franeque et

ÉTRANGÈRE

2j janvier 1876.

mérovingienne, et des vases trouvés près de Ruppin, au
xvm« siècle.

— Une idée du roi de Bavière : Ce souverain met au concours
une lampe à pétrole de salon, et offre un prix au meilleur dessin.
La hauteur de la lampe ne doit pas dépasser 70 centimètres ; la
matière principale doit être un métal, mais d'autres substances,
marbre, ivoire, etc., sont admises pour l'ornementation.

Angleterre. — Le célèbre paysagiste anglais, John Consta-
ble, est né le 11 juillet 1776, à Bergholt, près de Colchester.
C'est là qu'il devint 'peintre, et les sites environnants lui ont
inspiré nombre de ses chefs-d'œuvre. A l'occasion du centième
anniversaire de sa naissance, un vitrail commémoratif sera placé
dans l'église paroissiale de Bergholt. Les frais sont évalués à
500 1. st. (12,500 fr.). Les ressources de la paroisse étant enga-
gées pour l'achèvement de la tour de l'église, une souscription est

1. Prix : 50 francs. On souscrit à Paris, chez M. J. Clayc, imprimeur-éditeur, 7, rue Saint-Benoit.
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