L' art: revue hebdomadaire illustrée — 2.1876 (Teil 1)

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M. HERVIER

•te

origin'al et excellent paysagiste Hervier est
vÈyc3 un ^es premiers qui se soient montrés jaloux de
soustraire à la vente à l'amiable leur travail et leur
fantaisie, et qui aient tenté la vente en public à
'hôtel Drouot.

Il y a juste vingt ans (février 1856) M. Hervier recevait de
la plume de Théophile Gautier son brevet d'artiste de race et de
bon combattant. Il écrivait, à propos d'une vente analogue à
celle-ci : • M. Hervier a un sentiment profond de la nature...
11 sait le moment favorable, la minute mystérieuse, l'angle rare,
le rayon particulier, et c'est alors qu'il peint. Sa manière, très-
travaillée sous une apparence quelquefois heurtée, est pleine de
ressources pour rendre le grain des murailles, les rugosités des
roches, l'effritement des terrains, la déchiqueture des feuillages,
le floconneux des nuées, le miroitement des eaux, la fuite des
horizons. Les rapports de tons, les oppositions d'ombres et de
clairs sont d'une finesse extrême, et montrent non-seulement un
instinct, mais une science profonde de la couleur... 1 Puis, avec
ce sentiment de la mesure qui rend sa critique si sympathique, il
le place entre deux maîtres dont la gloire ne faisait alors que
poindre, entre Théodore Rousseau et Troyon, dans leurs pages
familières.

Il s'agit, cette fois, non plus de peinture à l'huile, mais
d'aquarelles, de dessins à la plume, de traits recouverts par le
lavis ou par la gouache. Il y en a cent vingt-deux, tous variés
d'effet, d'impression première ou de rendu.

M. Hervier ne les a poinc faits spécialement en vue de cette
vente, ainsi qu'il arrive un peu trop fréquemment aujourd'hui.
Il n'a eu qu'à trier, dans ses cartons, les meilleures des feuilles
sur lesquelles, depuis trente années (on rencontre une Vue de
Douvres, datée 1844), s'est promenée sa plume de corbeau ou
son pinceau gonflé d'aquarelle; les études largement ébauchées,
qu'on se réserve; les souvenirs que le goût a allégés des détails

trop nets; les variantes sur un thème pittoresque; les fantaisies
qui hantent la tête aux heures où l'on se possède tout entier.

La notice du catalogue nous dispense de rénumération. D'ail-
leurs la manière et les choix de composition de M. Hervier sont
connus. En vain, depuis 1838, les divers pelotons d'exécution
qui se sont succédé sous le titre officiel de « jurys » se sont
transmis le mot d'ordre et ont refusé vingt-trois fois cet artiste.
Son œuvre est classé. Ses moulins s'enlevant en blond sur des
nuées claires, ses rues de villages picards dont les chaumières
cahotent, prairies vert-pâle que traverse une vieille en jupon
rouge, maigre, fannée, ployant sous un faix d'herbe, les âtres
normands jaunis par la fumée où les femmes en bonnet de coton
fouettent des nourrissons morveux, ses buissons étiques poussés
sur des terrains glaiseux, tout cet œuvre, qui apppartient au ro-
mantisme de la première levée, a été recueilli par les amateurs
dont le goût a toujours fini par faire loi.

Cette série de cent vingt aquarelles et dessins s'adresse donc
au public qui recherche les impressions loyales et qui n'en redoute
pas l'expression hardie. Bien des feuilles nous ont frappé; mais
nous étions depuis longtemps déjà acquis à ces efforts, qui sont
la saveur de l'Art contemporain. Nous ne signalerons que comme
étant les deux termes extrêmes ses Intérieurs d'église, dans une
gamme grise étonnamment fine et solide, et des Paysages du
Midi où l'accord des verdures et de l'outremer n'a été obtenu
qu'en poussant le ton jusqu'aux vibrations de la majolique.

En somme, tout témoigne ici d'un touchant respect de ce qui
constitue l'œuvre que l'artiste ose soumettre au public : la sincé-
rité, le caractère, l'application dans le rendu, quel que soit le
moyen choisi. La vie a toujours été dure pour M. Hervier. Nous
s >uhaitons bien sincèrement que cette vente lui conquière l'atten-
tion dont est digne sa façon de sentir, de comprendre et de rendre
la nature.

Ph. Burty.

CATALOGUE RAISONNÉ
DES EAUX-FORTES ET LITHOGRAPHIES

DE LA MAIN DE PRUD'HON2

LA LEÇON DE BOTANIQUE.

Prud'hon fecit (à la pointe).
(H. 12 t. — L. 7 c. 1/2.)

Cette petite composition représente, dans une bibliothèque,
un jeune homme et une jeune femme costumés dans un moyen
âge à la Henri IV.

Cette vignette, d'après la tradition, aurait été gravée par
Prud'hon, dans son premier séjour à Paris, pour une illustration
des « Lettres d'Héloïse et d'Abeilard ■ qui fut abandonnée.

1" Etat. — Sans nom d'auteur ni de graveur.

20 Etat. — Celui décrit. Une épreuve de cet état a été ven-
due 6 francs à la vente du docteur Pons, 1872. Pour moi le
Prudhon fecit est une intercalation toute moderne; si Prud'hon
avait signé cette pièce, il l'aurait signée avec l'ancienne ortho-
graphe de son nom : Prudon ou Prudhon sans apostrophe. C'est
une planche dans l'Œuvre gravé de Prud'hon à accepter de la
tradition, mais où vraiment il n'y a rien qui puisse faire recon-

naître la pointe du maître. La planche qui n'a pas tiré existe.
Elle a été achetée, avec le dessin et 16 épreuves, 360 francs par
M. Bailleu, libraire, à la vente de M. Pelée, en juin 1871.

Dessin. Le dessin, où se remarquent quelques changements,
est à la mine de plomb sur papier blanc. Il ressemble à la copie
laborieuse et appliquée d'une vignette d'Eisen. Il appartient à
M. Bailleu.

— 2 —

UN GÉNIE.
(H. 8 c. — L. 6 c.)

Sans nom de dessinateur ni de graveur.

Petite figure drapée, ailée, volante, une branche de laurier à la
main, un pied posé sur un nuage ; au-dessous de la figure un casque.

Pièce maladroitement gravée avec un pointillé lourd qui res-
semble à un travail de roulette. Pièce passée de la collection de
M. Gigoux, qui la regardait comme unique, au cabinet des
Estampes. Elle s'est vendue 27 fr. 30 à la vente Gigoux 1873.
Pièce pour moi très-doureuse.

1. M. Burty veut bien nous communiquer les lignes suivantes, écrites par lui en tête du Catalogue de la vente de M. Hervi:r, qui doit avoir lieu proch ainemenl.
a. Notrj collaborateur, M. Edmond de Concourt, a l'obligeance de nous communiquer ce fragment du travail important qu'il consacre à Prud'hjn et dont la
publication est prochaine. Cet ouvrage sera édité par M. Rapilly, quai Malaquais, comme l'Œuvre Je WatUsu, de M. Edmond de Goncourt.

Tome IV. 28
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