L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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18 L'ART.

de style qui ne sont point communes. Si les débutants avaient
eu affaire à un directeur délicat et lettré, capable de leur faire
toucher du doigt les exagérations à la Voiture qui embarrassent
la langue des personnages et agacent les nerfs des spectateurs, le
sort de Miss Fanfare eût peut-être changé. M. Koning était
peu apte à les bien conseiller sur ce point d'esthétique.

Chose étrange et qui ne se voyait point dans les belles
années du Gymnase! Les acteurs, chargés de l'interprétation,
ont eu de fréquents accrocs de mémoire qu'il faut attribuer à

l'insuffisance des répétitions. En effet, Saint-Germain, Achard
et Candé ne sont point hommes à lâcher pied un soir de pre-
mière représentation. M"° Mary Jullien, qui a fait une appari-
tion remarquée à l'Odéon, joue Miss Fanfare au Gymnase; elle
n'est point sans talent, mais elle exagère l'extravagance du rôle,
et c'est le cas de lui crier gare, ainsi qu'à MM. Ganderax et
Franck : « Quand ils ont trop d'esprit, les enfants... », je n'ajoute
pas le reste, ne le souhaitant point.

Arthur H e u l h a r r.

ART MUSICAL

Les concerts : La neuvième symphonie de Beethoven au
Conservatoire. — Concert populaire : Fragments sympho-
niques de M. A. Wormser; Mmcs Solie Menter et Emma
Thursby. — M"os Poitevin et Heyberger. — Sociétés chorales
d'amateurs.

WiaSïiS' U1VANT un usage qui commence à devenir « antique et
!g3|j*U solennel », la Société des concerts du Conservatoire
KSsBdî vient de donner une double audition de la neuvième
symphonie de Beethoven. Cette œuvre, qui effrayait autrefois
les auditeurs, est écoutée aujourd'hui avec un respect quasi reli-
gieux. Elle a été étudiée par les derniers chefs d'orchestre de la
Société, par l'excellent chef des chœurs, M. Heyberger, et par
tous les sociétaires avec un soin si minutieux que l'exécution a
atteint un haut degré de perfection. Ce degré cependant peut être
encore dépassé, et certaines parties donnent toujours lieu à des
observations que les critiques les plus autorisés répètent sans
succès depuis plusieurs années et que nous allons redire après eux.

La plus importante est celle qui concerne le mouvement
du scherzo qui est pris sensiblement trop lent. M. Deldevez,
l'éminent chef d'orchestre de la Société, reconnaîtrait sans doute
la justesse de cette critique et s'excuserait en disant que, s'il
retient la mesure dans ce morceau, c'est pour obtenir la plus
grande netteté possible dans l'articulation du thème confié aux
instruments de bois. Évidemment il est à désirer que ce thème,
d'une si piquante originalité, soit clairement exposé ; il n'en
est pas moins vrai que le ralentissement du rythme la dénature
quelque peu, lui ôte de sa vivacité, de sa fraîcheur, de sa gaieté
pimpante. Avec des virtuoses tels que ceux qui composent
l'admirable orchestre du Conservatoire, rien n'est difficile; il
semble que l'on pourrait, sans nuire à ces précieuses qualités de
clarté, donner au passage en question une tournure plus allègre;
certes l'œuvre y gagnerait, et nous n'aurions plus l'air de vou-
loir mettre du plomb aux ailes du génie de Beethoven.

Une autre observation très importante — nous passons sur
les détails — concerne l'élément vocal. Nous nous rappelons
encore le temps, qui n'est pas très éloigné, où les choristes de la
Société des concerts chantaient la neuvième symphonie avec
une mollesse attristante, comme malgré eux, et protestant dans
leur for intérieur contre l'inhabileté du maître à écrire pour les
voix. Il en est tout autrement aujourd'hui, et à l'exécution qui
vient d'avoir lieu, les chœurs ont montré dans l'accomplissement
de leur devoir une vaillance digne de tous les éloges. Reste le
quatuor des solistes qui est rarement à la hauteur de la tâche
qui lui incombe. Il est certain que Beethoven a écrit cette partie
de son œuvre pour des chanteurs symphonistes, des virtuoses
presque imaginaires et introuvables, dont la réunion sera tou-
jours très difficile à rencontrer. Pourtant elle n'est pas aussi
inchantable qu'on l'a prétendu, et l'on a pu entendre au Conser-
vatoire le quatuor-solo de la symphonie avec chœurs mieux
interprété que cette année. Nous l'avons entendu aussi chanter

beaucoup plus mal, et parfois ces quelques mesures, remplies, il
est vrai, de vocalises ardues, écrites dans une tonalité très élevée,
ont été l'occasion de véritables déroutes. La Société devrait
s'appliquer à chercher un groupe de quatre chanteurs, possédant
les qualités spéciales qu'exige l'exécution de cette œuvre diffi-
cile, et se les attacher. Au bout de quelques années d'études, ces
chanteurs, comme les autres membres de la Société, arriveraient
à pénétrer le sens de la pensée du maître et à la rendre comme
il convient. Le quatuor vocal ne risquerait plus de faire tache
au milieu d'une brillante et très remarquable exécution.

Constatons cette année que M'»0 Castillon a tenu la partie
de soprano avec talent, et que M. Auguez a été fort légitime-
ment applaudi dans le récitatif qui ouvre la partie vocale de la
symphonie, qu'il a dit avec une ampleur de style et de voix peu
•commune. L'œuvre tout entière a d'ailleurs été accueillie par
lè public de la façon la plus chaleureuse. Les abonnés du
Conservatoire, qui ont la bonne fortune d'entendre tous les
ans la grande œuvre de Beethoven, paraissent aujourd'hui en
pleine communication avec l'orchestre qui l'exécute devant eux.
La neuvième symphonie pouvait être autrefois comparée à une
inextricable foret ou à un de ces temples indiens d'une architec-
ture imposante et colossale, mais dont le sanctuaire reste
inabordable aux profanes. Aujourd'hui nombre d'initiés ont le
secret, et cette œuvre gigantesque et profonde, dernier effort de
l'artiste qui est encore le plus sublime génie de la musique
moderne, a définitivement conquis l'admiration. Si elle est
d'une compréhension dès l'abord assez difficile, on ne peut la
regarder de près sans être saisi de respect pour de si grandioses
beautés.

Les autres concerts symphoniques n'ont donné qu'une
œuvre nouvelle; elle est du signataire de ces lignes et a été
brillamment exécutée au Concert populaire sous ce titre :
Variations sur un air béarnais. M. Pasdeloup a fait entendre
aussi, dimanche dernier, des fragments d'un poème sympho-
nique de M. A. Wormser : Diane et Endymion. Les deux mor-
ceaux que le public du Cirque d'hiver a applaudis (Sommeil
d'Er xymion, — Danse de Sylvains) témoignent d'une certaine
science de l'effet et d'une appréciable habileté à étager claire-
ment les sonorités de l'orchestre.

A part ces auditions, l'événement des deux derniers concerts
est l'apparition de deux virtuoses étrangères : Mmcs Sotie Menter
et Emma Thursby. Mme Menter, pianiste de la cour d'Autriche,
| est une élève de Liszt. Aucune des difficultés du piano ne lui est
étrangère, sa virtuosité est véritablement éblouissante, c'est un
vertige d'exécution. Une vigueur qui étonne chez une femme,
un ascendant extraordinaire qui lui fait dominer et entraîner
l'orchestre, une main gauche prodigieuse, ont vivement impres-
sionné le public qui écoutait Mmo Menter. Nous avons été
encore plus frappé de la qualité du son que cette artiste tire du
piano: avec toute sa puissance, et grâce à une attaque particu-
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