L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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Frise composée et gravée par J. B. Muet.

FRANÇOIS RUDE'

(suite et fin) .

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insi donc toutes les prédilections de l'artiste sont tournées vers la
nature et vers la Grèce; voilà pourquoi nous le trouverons inférieur
à lui-même chaque fois que ces sources d'inspiration viendront à lui
manquer. A part son Louis XIII, d'une grâce si juvénile, ses œuvres
historiques laissent à désirer. Sa Jeanne d'Arc n'est qu'une tentative
de plus parmi les essais qui ont essayé de fixer le type de l'héroïque
bergère; quelques-unes de ses statues ne sont que les erreurs
énormes de certains grands esprits qui pensent avoir trouvé une
voie alors qu'ils sont complètement perdus; son Christ, son Calvaire,
ses œuvres de sainteté, qui devraient repousser tout sentiment païen
comme impie et tout caractère trop humain comme profane, n'excitent par leur beauté substan-
tielle qu'une sorte de déception pour ceux qui viendraient y chercher, avec des curiosités plus
nobles, un rayon d'en haut, un trouble auguste, l'impression solennelle de l'infini entr'ouvert.

Rude aime trop Jupiter pour être bon chrétien; la cime de l'Olympe lui cache le Golgotha.
Il ne demande aux choses que ce qu'elles disent, n'en reproduit que ce qu'elles montrent, et ne
leur fait pas plus de confidences qu'il ne cherche leurs secrets. Il s'arrête à ce qu'il voit sans
sonder ce qu'on devine, sans s'inquiéter des propriétés des êtres, de leur essence, et, puisque la
langue philosophique a pénétré jusque dans ces questions d'art, je dirai volontiers, de leur entité.
Il n'aime pas les clairs de lune, encore moins les brouillards; partout il se plaît aux certitudes
et vole aux clartés. "Ce n'est pas un rêveur, un mélancolique, un sentimental ; il n'a pas de
langueurs secrètes, d'aspirations indéfinissables; rien de ce qui attriste ou de ce qui énerve, —
surtout rien de maladif. Il a pitié des laideurs, des souffrances, — mais il se détourne, et court
à l'esprit libre, aux muscles dispos, à l'âme sereine, épanouie à la vie, rayonnant, à travers un
beau corps, de joie et d'immortalité.

Ses figures n'ont pas aimé, n'ont pas souffert; à quelque moment que vous les preniez,
à quelque âge qu'elles sortent de ses mains, elles naissent; elles n'ont pas de passé, n'ont connu
ni la douleur ni les désenchantements; elles sourient toutes à la vie, aussi jeunes, aussi vierges
que lorsque Vénus sortit du sein des flots. — Mais avant toute chose il aime le mouvement; tout
ce qui s'agite l'appelle. Dans les positions multiples de l'être mobile, il choisit avec une
intelligence merveilleuse celle qui convient le mieux à la nature de son talent, au caractère du

i. Voir l'Art, 7° année, tome It, page 25.
Tome XXV.

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