L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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NOTRE BIBLIOTHÈQUE.

2 r

Henri Harpignies, L. Japy, G. Jundt, C. Lapostolet, Mme Made-
leine Lemaire, MM. F. de Mesgrigny, E. Morand, F. Rivoire,
H. Scott et Edmond Yon ont obtenu, de l'avis unanime de la
presse anglaise, le plus légitime succès, qu'ils ont partagé avec
une série de très remarquables aquarelles de feu Viollet-le-Duc,
et aussi du Finlandais Albert Edelfelt, de l'Espagnol Baldomero
Galofre, des Belges Émile Hœterickx et Georges Van den Bos;
Paris a tellement consacré leur talent à tous quatre qu'on y est
tout porté à les ranger dans l'école française.

Dire les grandes qualités d'aquarellistes de premier ordre
tels que MM. Berchère et Harpignies, c'est répéter ce qui est
sur les lèvres de tous les connaisseurs De même pour
Mme Lemaire2, bien qu'elle ne se soit pas présentée à la
Grosvenor Gallery avec sa maestria habituelle.

Chacun sait quel peintre sincère et de haute valeur est
M. Ulysse Butin. 11 vient de se révéler aquarelliste di primo
cartello, charmeur dans les Enfants du marin, plein de force
et de grandeur dans Gros Temps. Tout ce qu'il aborde, M. Butin
le marque au sceau de sa robuste originalité, c'est ainsi qu'il
s'est tout récemment aussi attaqué à l'eau-forte, et que sa
planche l'Attente, le samedi à Villerville 3, est un coup de maître.

Tout ce que fait M. Cazin a de la tournure, un style qui lui
est particulier et que l'on est heureux de retrouver dans son
Abraham. Une seule réserve, mais elle est indispensable : le
sujet est ici par trop subordonné à la grandeur du paysage.

M. E. Dàntan, dans l'Atelier de mon père, a réédité son
succès du dernier Salon de Paris. Son aquarelle continue en
quelque sorte son tableau aujourd'hui au Musée du Luxembourg.

M. Léon Gaucherel n'avait envoyé qu'une simple carte de
visite, pourrait-on dire. Mais avec quel goût il avait su la choisir!
Quel brio dans son souvenir de Gènes! C'est très spirituellement
coque, très habilement lavé.

M. Norbert Goeneutte n'est pas seulement moderne au
possible; il est de plus parisien dans l'âme. Au Pont-Royal et
le Retour du Marché aux jleurs en sont les excellents et irré-
futables témoignages.

M. François Rivoire, qui avait de si admirables Giroflées au

dernier Salon, soutient dignement sa jeune réputation avec ses
Roses et ses Chrysanthèmes, tandis que M. E. Morand débute
en maître avec ses Prunes, ses Œillets et ses Glaïeuls.

M. Edmond Yon, excellent graveur sur bois, habile aqua-
I fortiste, .paysagiste distingué, aborde pour la première fois
l'aquarelle et y conquiert la légitime faveur des collectionneurs
les plus exigeants. Il en est de même de M. Lapostolet qui
nous fait hésiter entre ses Barques près de Rouen, son Port de
Dunkerque et son Pont des Saints-Pères, trois succès du
meilleur aloi.

Au Printemps de M. Pierre Beyle est une adorable idylle
mondaine tenue dans une gamme délicate et de la plus exquise
distinction, tandis que ses Inséparables nous montrent une
fantaisie féminine qui respire le High-life le plus parisien.

M. Alexandre Brun est un observateur très coloriste;
M. Brissot de Warville est plein de conscience; M. Destrem
n'est pas exempt de quelque hésitation, mais nous fait d'heu-
reuses promesses; M. Guillaume Dubufe nous révèle plus de
puissance dans ses deux aquarelles que dans ses tableaux; sa
Cypris, inspirée par la Légende des Siècles, a de vaillantes
alluresJordaenesques très goûtées; M. Georges Haquette, peu
sûr encore du procédé dans son début d'aquarelliste : Un Pêcheur,
se relève complètement dans Vieux habits! Vieux galons.'
M. de Mesgrigny choisit ses sites avec goût et les interprète de
la plus aimable façon; M. Henry Scott, fort bien doué, n'a
qu'un ennemi sérieux, le papillotage.

Paris a inspiré MM. Edelfelt et Van den Bos. et M. Émile
Hœterickx s'est constitué, aux applaudissements de tous les gens
de goût, l'historiographe en titre de "Londres.

Le Soir aux Grands mulets, le Sommet du glacier de
Scherjemberg, la Montée au Chapeau et le Glacier des Bois, en
nous montrant sous un jour nouveau l'impeccable science de
Viollet-le-Duc, son tempérament si varié d'artiste supérieur,
ravivaient les profonds regrets causés par la perte préma-
turée de ce véritable grand homme, une des gloires les plus
incontestables de l'art moderne.

John Duboui. oz.

NOTRE BIBLIOTHÈQUE

CCXXXIV

Madame de Pompadour général d'armée, par H. Bonhomme.
Un volume in-52 de 142 pages, avec eau-forte, tiré à 25 5 exem-
plaires. Paris, Charavay frères, éditeurs, rue de Seine. 18S0.

M. Honoré Bonhomme, qui a écrit sur Louis XV et sa
famille un livre très curieux d'après des documents et des lettres
inédits, était tout désigné pour retracer les exploits de ce prince
du sang, « Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, abbé
de Saint-Germain-des-Prés, et l'un des quarante de l'Académie
française, personnage original, hybride, participant à la fois de
l'homme de cour et de l'homme d'église — moitié plumet, moitié
rabat — comme le qualifie un quatrain du temps, et qui, non
content de happer au passage les plus grasses abbayes de France,
visait encore à la gloire militaire. » Ce royal abbé dut à la
Pompadour de prouver que s'il était un fort mauvais prêtre, il
était au moins un vaillant soldat, s'il ne lut guère un heureux
capitaine.

Il avait « reçu les ordres à neuf ans, et, dès ce moment, fut
pourvu de riches bénéfices ». Sa vocation religieuse était telle
que, « dès l'âge de quinze ans, au dire de Mathieu Marais, il
en conta à M"10 de Grave, qui ne fit pas la difficile, ne voulant
pas refuser un prince du sang »... Puis, ce fut le tour de
Mlle Gaussin, de la Comédie-Française ; puis, « de la jeune Quo-
niam, qu'il avait achetée à sa mère à l'âge de treize ans et qu'il
céda dans un souper au jeune prince de Conti, son neveu,
récemment marié. C'était là sans doute son cadeau de noces;
d'oncle à neveu, la chose peut paraître un peu vive. »

L'abbé de Saint-Germain-des-Prés, qui constitue un spéci-
men assez réussi des mœurs de l'ancien régime, trouvait ce
genre d'exploits des plus naturels, lui qui devait finir par se
marier ! et avec qui, grands dieux ! avec une célébrité de l'Opéra,
avec Mil0 Le Duc qu'il improvisa marquise de Tourvoye et que
les Parisiens appelaient tantôt « l'Altesse », tantôt « l'Abbesse ! »

Le comte de Clermont qui, « â peine âgé de vingt ans,
ouvrit dans son hôtel, sous le litre de Société des Arts, une
espèce d'académie, aux séances de laquelle il assistait de temps

M Berchère n'avait pas moins de quatre aquarelles à la Grosvenor Galtery, toutes d'une tonalité superbe ; M. Henri Harpignies en avait exposé deux,
grande finesse de coloris, l'autre très puissante.

l'une

d'une grande un

2 M'« Madeleine Lemaire avait expose Pensées et Giroflées.
Éditée à Paris et à Lond.es par la Librairie de VArt.

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