L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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COURRIER DES MUSÉES.

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de la forme et l'examen raisonné des conditions spe'ciales de
leur application aux arts. Il contient à la fois un exposé de
principes et de doctrines nécessaires à un enseignement théo-
rique et un recueil choisi de modèles appropriés à un ensei-
gnement professionnel.

« La méthode suivie dans le cours des leçons consiste à
faire marcher progressivement l'étude des lignes et celle des
formes ou figures résultant de leur association et de leurs com-
binaisons, avec l'indication de leur emploi dans les arts, de
manière à montrer en même temps les applications dont elles
sont susceptibles. Par là l'élève saisit le sens des propriétés
décoratives des figures et en comprend immédiatement l'utilité
pratique.

« C'est là, comme on le voit, un enseignement qui s'adresse
au jugement et à la raison de l'élève, et qui tend à développer
en lui l'esprit de recherche et d'arrangement, en un mot les
facultés sérieuses, les facultés d'invention bien plus que les
facultés brillantes, les facultés d'imitation qui ressortent prin-
cipalement de la promptitude du coup d'œil et de l'habileté de
la main. »

C'est assez dire que cet ouvrage a pour but de contribuer
au progrès de l'industrie et au développement professionnel
des ouvriers. Il a l'inappréciable avantage de mettre les insti-
tuteurs qui n'ont pas spécialement étudié le dessin, en état de
donner à leurs élèves des leçons et des modèles vraiment utiles.
Or on sait que, malheureusement pour nous, l'immense majo-
rité de nos instituteurs n'ont du dessin que des connaissances
absolument insuffisantes. Les efforts que l'on fait en ce moment
pour combler cette lacune ne pourront évidemment pas aboutir
avant plusieurs années. Et lors même que ce progrès sera
réalisé, l'ouvrage de M. Cernesson n'aura pas pour cela perdu
son utilité. En effet, pour rendre l'enseignement du dessin aussi
efficace qu'on peut et qu'on doit le désirer, il ne suffit pas
d'avoir appris à dessiner. Le but ici n'est pas seulement d'habi-
tuer les enfants à copier et à imiter les lignes et les formes
réelles, mais bien de leur apprendre à combiner ces lignes et
ces formes de manière à produire des apparences nouvelles,
réalisables par l'industrie. C'est en cela que consiste propre-
ment l'invention. Or, ce qui fait l'originalité et l'utilité du livre
de M. Cernesson, c'est précisément que, par une analyse logi-
quement graduée des lignes et des formes, il découvre aux
enfants le secret des combinaisons les plus variées. Il y a là un
enseignement d'une admirable simplicité et d'une fécondité
incontestable, mais qui par cela même suppose une suite de
réflexions et de recherches qu'on ne peut guère attendre de
jeunes instituteurs sortant de l'école normale. Pour arriver à
ce résultat, il a fallu, outre une longue expérience de l'archi-

tecture, une puissance d'analyse et de déduction toute parti-
culière. Les simplifications, en toutes choses, sont des
perfectionnements qui ne s'obtiennent qu'à la longue, par la
concentration de la pensée et par l'élimination successive des
complications. Je ne sais s'il est possible de s'avancer dans
cette voie plus loin que n'a fait M. Cernesson, mais, tel qu'il
est, son livre est certainement de tous ceux que je connais
celui qui, à mon avis, est le mieux fait pour faciliter aux
enfants l'introduction dans ce domaine de l'invention des
formes et des combinaisons décoratives, qu'une négligence
funeste leur a jusqu'ici laissé si complètement ignorer.

Voici l'ordre suivant lequel sont disposées les matières :
Une introduction explique la nature et l'objet du dessin,
le but du dessin liniaire et du dessin modelé. Le cours lui-
même se compose de vingt leçons. Les six premières indiquent
les résultats produits par la répétition ou par les diverses com-
binaisons des lignes verticales, horizontales et à 45 degrés.
Douze leçons sont consacrées aux figures résultant des divi-
sions, des intersections et des combinaisons des circonférences;
trois se rapportent aux courbes, soit seules, soit combinées avec
la flore.

A la suite viennent les principes généraux de la compo-
sition décorative ; puis les qualités particulières aux produits
industriels : marqueterie, dallages, mosaïques, vitraux, émaux,
en gravures et nielles, damasquinures et ouvrages enlevés en
petit relief, gaufrures sur cuir et sur papier, découpures sur
métaux. La troisième section comprend les ouvrages formés de
dessins coloriés, peintures murales, papiers peints, toiles peintes,
décorations céramiques. La section quatrième et dernière traite
des dessins des tissus.

Outre les dessins qui sont dans le texte, trente planches
fournissent un nombre considérable de modèles très habile-
ment dessinés par M. Cernesson.

Le caractère de ce cours est d'être essentiellement pratique
et facile à comprendre, ce qui est la qualité suprême. Tout s'y
explique par les yeux. Il paraît, je le répète, difficile de faire
mieux en ce genre.

Ce volume est plus spécialement destiné aux maîtres, bien
qu'il puisse être mis très utilement entre les mains des élèves.
Mais l'auteur a pensé avec raison que, pour ceux-ci, il serait
bon de simplifier encore davantage. Il prépare dans ce but des
cahiers destinés aux enfants, qui reproduisent dans des dimen-
sions moindres les modèles contenus dans le livre du maître,
et qui seront vendus à très bas prix. S'il triomphe de la concur-
rence des faiseurs et parvient à introduire ces cahiers dans les
écoles, il aura rendu un grand service à nos industries d'art.

Eugène Véron.

COURRIER DES MUSEES
LXIX

— Trois tableaux du Musée de peinture de Rouen, dont l'un
est le Stamboul, de Ziem, ont été lacérés par une main incon-
nue, dans l'une des galeries latérales du premier étage. La
coupure était horizontale ; elle était pratiquée à hauteur

d'homme et semblait avoir été faite à l'aide d'une forte aiguille.
De plus, un portrait miniature a été arraché de son médaillon
et volé dans un salon du deuxième étage, donnant sur la rue
Thiers, à l'angle de la rue Bouvreuil.
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