L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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NOTRE BIBLIOTHÈQU E

CCXXXVII

Cours d'aquarelle, par Eugène Ciceri. Un volume grand in-40,
en carton toile chagrin, 25 leçons en texte français et anglais,
48 planches en fac-similé' d'aquarelle. Paris. Lemercier, ij,
rue de Seine.

Sans avoir jamais]été complètement abandonnée, l'aquarelle,
pendant un certain temps, comme l'eau-forte, a subi une sorte
d'e'clipse. Un petit nombre d'artistes, Bonington, Eugène Lamy,
Barye, E. Ciceri et quelques autres lui étaient seuls restés
fidèles.

C'est l'Angleterre qui a donné le signal de la reprise de ce
genre si artiste. Les sociétés de painters in Water-Colour étaient
déjà nombreuses, que la peinture à l'eau demeurait encore chez
nous à l'état d'exception.

Il n'y a pas dix ans que l'attention des peintres français s'est
portée sérieusement de ce côté. Mais le mouvement une fois
commencé s'est propagé très rapidement. Le nombre de nos
aquarellistes est aujourd'hui considérable; il s'augmente chaque
année, et la qualité des œuvres suit la même proportion que la
quantité.

Jamais l'aquarelle n'a été autant à la mode que de nos jours.
A côté des artistes proprement dits, beaucoup d'amateurs, de
femmes surtout, cultivent ce genre si fin, si élégant qui, à toutes
ses mérites artistiques, joint celui d'être sans prétention et de
n'exiger ni un bagage aussi embarrassant, ni surtout un appren-
tissage aussi long que la peinture à l'huile.

Mais pour rendre la pratique de l'aquarelle absolument
populaire, il lui manquait une chose capitale, un enseignement
raisonné et méthodique. Comme le dit avec raison l'éditeur,
« jusqu'à ce jour les traités d'aquarelle et les modèles destinés
aux élèves étaient incompréhensibles pour les inexpérimentés;
l'élève qui eût pu reproduire ces modèles eût été un maître
et n'eût pas eu besoin de leçons.

« Point de méthode dans ces traités : de longues descrip-
tions de pinceaux, de papiers, d'instruments pour l'aquarelle;
mais des principes, des conseils, une méthode de travail : néant. »

M. Eugène Ciceri, un des promoteurs de la résurrection de
l'aquarelle, a eu l'heureuse idée de publier la méthode d'après
laquelle il peint lui-même et a formé tant de remarquables
élèves.

Son -cours se compose de 25 leçons dont les titres seuls
indiquent la progression : i° Du ton appliqué à plat en grande
teinte; 20 de la teinte dégradée ; 30 de la lumière et de l'ombre;
4° des tons superposés ; 5° des tons juxtaposés ; 6° des ombres
portées ; 7° étude de pierres; 81' les rochers ; 90 les montagnes ;
10° des plans tournants ; 1 1 • étude d'arbres ; 120 étude de ciel ;
13° étude de ciel par un temps gris; 14° clair de lune dans
un ciel nuageux; m° une ferme; 16° cour de ferme; 170 la
forge; 18° paysage au coucher du soleil; 190 effet de neige;
20° soleil couchant; 21° le lavoir; 22" un village; 230 un châ-
teau; 24» paysage au clair de lune; 25° lavoir avec figures.

La première leçon apprend à étendre sur le papier les
grandes teintes plates sans taches et sans différences d'intensité.
C'est le point de départ obligé. Quand l'élève est maître de
son instrument, il passe à la dégradation des teintes, où l'ha-
bileté consiste à juxtaposer des teintes de plus en plus claires
sans que le passage de l'une à l'autre soit sensible. La superpo-
sition des tons est également essentielle dans l'aquarelle, car
c'est la plus sûre manière d'obtenir des teintes de plus en plus
foncées sans alourdir le ton.

Ces trois leçons sont les plus importantes ; elles ren-
ferment les principes d'où découle tout le reste. On ne doit

passer aux autres, que quand, par un exercice répété, on est
absolument sûr du maniement du pinceau, car c'est unique-
ment par l'application des préceptes contenus dans ces trois
leçons que l'on sera véritablement maître de la méthode, qui
consiste essentiellement dans l'art de préparer le travail, de dis-

| poser les dessous avant de compléter l'imitation des planches

; achevées pur le modelé et les accents.

Aussi le cours de M. Ciceri se compose-t-il de trois séries
de modèles : le modèle dessiné, le modèle coloré en teintes

j plates et le modèle achevé.

Chaque série de modèles est accompagnée des explications
techniques et conseils pratiques nécessaires pour produire le
résultat cherché, le tout réduit aux indications les plus simples
et les plus faciles à comprendre, sans aucune complication théo-
rique ni esthétique. Enfin, c'est un cours sérieusement fait pour
les personnes qui veulent apprendre réellement l'aquarelle.

Eugène Vé ro n.

CCXXV1II

Théophile Gautier. — Fusains et eaux-fortes. Un volume
in-18 jésus de 324 pages. — Tableaux à la pluma. Un volume
in-18 jésus de 338 pages. — Paris, G. Charpentier, 1880.

Théophile G.mtier est, avec G. Planche, Blirger, Pelloquet,
Th*. Silvestre, P. Mantz et quelques autres, un des rares critiques
d'art dont les œuvres surnageront. Gautier cependant, il faut
bien le reconnaître, est plus remarquable par les mérites de la
langue et du style que par l'impeccable sûreté des jugements. Ses
appréciations ont varié plus d'une fois. Il est bien curieux par
exemple de voir que, en 1837, il se moquait volontiers de 0 l'école
intime, de l'école passionnée d'Antony, de l'école cadavre,
à laquelle a succédé la fièvre du moyen âge, qui a engendré la

couleur locale, qui a engendré les voyages littéraires..... A ce

besoin d'aller chercher loin des impressions, qui implique qu'on
en manque là où l'on est, à ce pitoyable engouement de pitto-
resque et de couleur locale dont notre époque est affligée, s'est
bientôt jointe la curiosité naturelle qui pousse aux voyages, et
dès lors les émigrations ont été générales. Tout le monde est
parti pour aller se draper en Child-Harold aux lieux célèbres,
les uns en patache, les autres en voiture de poste et beaucoup
à pied. »

Après quoi il éreinte vigoureusement Venise, Naples, Flo-
rence, toute l'Italie, et résume son appréciation des Voyages
littéraires de son temps dans l'histoire d'un voyageur en
chambre, qui passe six mois caché à Saint-Mandé, d"où il
revient bruyamment pour écrire un livre rutilant sous le titre
de : Souvenirs et impressions de voyage en Italie, en Sicile et
en Orient.

Cette ironie n'est-elle pas bien étrange sous la plume de
l'homme qui devait plus tard se nourrir si avidement de
pittoresque et de couleur locale et qui devait écrire les voyages
en Espagne, à Constantinople et autres lieux non moins
littéraires ?

Nous avouons d'ailleurs que nous n'avons jamais pu par-
donner à Th. Gautier son admiration pour Ingres. Nous décla-
rons être absolument incapables de comprendre en verta de
quelle aberration on peut arriver à mettre ce pygmée ridicule et
prétentieux à la même hauteur que Delacroix. Nous concevons
encore, si l'on veut, à la grande rigueur, qu'on se forme quelques
illusions sur le dessin de Ingres. Il suffit pour cela de se faire du
dessin une idée particulière et de le confondre avec la calli-
graphie, c'est-à-dire le dessin sans expression. D'ailleurs, il est
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