L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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L'ART.

sienne définitivement adoptée par le public. Son talent très
réel et très solide manque de la séduction qui captive et retient
l'auditeur, et ses qualités mêmes pourraient servir d'argument
aux partisans de cette théorie d'après laquelle un très grand
artiste ne peut être un bon professeur. Par la profondeur et
parfois la violence de son sentiment dramatique, par la beauté
de sa diction et sa façon absolument neuve de comprendre le
récitatif, Duprez a fait une révolution dans l'art lyrique; mais
le secret de sa puissance mourra avec lui. Du moins il ne l'a
point transmise à ses élèves, dont le plus grand nombre ne
réussit qu'à donner une raide et sèche image du maître.
Mm0 Lacombe, qui est la nièce du grand chanteur, est un
nouvel exemple de cette exagération, de ce faux goût; son
chant est déparé par une tension constante, qui tue le naturel

et, par conséquent, le charme. Plus de simplicité nous irait
mieux, et cette importance donnée à des détails qui doivent
rester dans l'ombre fatigue l'auditeur au moins autant qu'elle
semble devoir fatiguer la chanteuse.

M. Maurel a pris possession du personnage de Nevers dans
les Huguenots ; l'élégant baryton a été très applaudi dans ce
rôle épisodique, qui ne peut ressortir, au milieu du drame qu'il
traverse, que par la tenue parfaite et l'art profond du chanteur.
M. Maurel jouera prochainement la Favorite: plus prochaine-
ment encore va débuter M. Sellier dans le Prophète; enfin le
commencement du mois de juillet amènera la reprise de
Robert le Diable, qui occupe depuis quelque temps déjà le
personnel de l'Opéra.

Octave Fouque.

EXPOSITIONS

France. — Du 23 avril au 25 mai, le Cercle des Arts
libéraux a ouvert dans ses galeries de la rue Vivienne sa
deuxième exposition annuelle qui, prise dans son ensemble, a
été l'un des succès de la saison. Nous y avons été tout parti-
culièrement frappé des qualités éminemment personnelles et
distinguées que révèlent les études faites à Venise par
M. John S. Sargent; ce disciple de M. Carolus Duran faisait là
singulièrement tort à son maître; il nous est absolument impos-
sible de nous expliquer comment ce dernier s'était décidé à
exposer, sous prétexte d'esquisses, des pochades aussi médiocres
que ce qu'il avait intitulé Vision et la Gloire. Il est vrai qu'il a
trouvé tout simple de donner depuis, pour la vente Jules
Lafrance, une Étude, — étude plus faible encore — cataloguée
sous le n" 21 et dont M" Charles Pillet a réussi, très malai-
sément, à obtenir i3o francs.

M. Duran, qui est merveilleusement doué et qui n'a pas
précisément mauvaise opinion de lui-même, se fie par trop à
ses dons de nature et demande trop peu à l'étude ; elle lui serait
cependant d'autant plus nécessaire que son éducation artis-
tique est moins forte. Ses esquisses le démontrent cruellement,
et, au Salon, il faut beaucoup de bonne volonté ou d'aveugle-
ment pour ne pas être choqué du grave défaut de proportions
qui dépare son Portrait de MmQ Graux. Le bas du corps est
beaucoup trop court pour le buste.

Le succès si complètement mérité du Portrait de M'"" la
comtesse Vandal permettait d'espérer que M. Carolus Duran
ne verserait plus dans ces erreurs d'écolier. Il est temps qu'il
apprenne à se dominer tout à fait et qu'il honore l'école fran-
çaise non par des à peu près brillants, mais par une série de
toiles dignes de l'œuvre maîtresse que nous venons de rappeler.

Mllcs Abbema et Breslau, M""-s Cazin et Anna Gardell,
MM. Berchère, Bompart, Boudin, Corcos, Jules Dupré, Gervex,
Giron, Hébert, Heilbuth, Emile Lévy, Lhermitte, Renoir
en très sérieux progrès, Roybet, Sicard, Saxe, Alfred Stevens,
Vollon et Weeks, attiraient le plus l'attention au Cercle des
Arts libéraux.

— A peine la très remarquable Exposition d'œuvres d'art
en noir et blanc se clôturait-elle que les Galeries de l'Art
s'ouvraient à une série de tableaux d'un des paysagistes les
plus distingués de l'école belge, M. Alfred de Knyff, et aux
dessins si pleins d'humour du quatuor célèbre qui fait la
fortune du Punch.

Les féconds illustrateurs de Master Punch, ces fins sati-
riques, ces observateurs si incisifs qui ont nom George du
Maurier, John Tenniel, Charles Keene et Linley Sambourne,

ont retrouvé à Paris tout leur succès de Londres. Leur science,
leur goût, n'ont pas été moins appréciés que leur inépuisable
verve; il y a dans leur art une saveur toute particulière que
l'on cherche, hélas! vainement dans nos caricaturistes actuels.
Ce sont des modèles qu'on ne saurait trop analyser, aussi
regrettons-nous vivement de n'avoir pu être autorisés à repro-
duire quelques-uns de ces excellents croquis aristophanesques;
nous devons nous borner à renvoyer nos lecteurs à la belle
étude qu'a consacrée aux artistes du Punch notre collabo-
rateur, M. Victor Champier1. Il appartenait à la Revue qui
a publié ce brillant travail, de faire connaître aux amateurs
français les dessins originaux de ce groupe si original d'artistes
anglais. L'un d'eux, on le sait2, a du sang français dans les
veines; nous avons nommé le très sympathique George du
Maurier en qui se sont fusionnées les deux races; les plus
piquantes notes de son humour d'une personnalité si accentuée,
sont pimentées d'un je ne sais quoi qui, tout en restant très
londonien, fait penser, non seulement à la France, mais à Paris,
et qui plus est au boulevard des Italiens. On a fait excellentis-
sime accueil aux quatre artistes anglais; leur talent vous met si
bien à l'aise qu'il s'établit entre eux et le spectateur une sorte
de camaraderie muette; avec M. du Maurier, cette camaraderie
se transforme bien vite en amitié.

Si nous avons le regret de ne pouvoir donner ici
quelques fac-similés de la manière si variée de chacun des
quatre excellents satiriques anglais, nous avons au moins la
bonne fortune d'emprunter à la récente Exposition d'œuvres
d'art in Black and White plusieurs de ses meilleurs dessins, et
nous espérons bien ne pas nous borner là et faire quelques
emprunts nouveaux aux richesses de ce maître dessina-
teur qui a nom Léon Lhermitte. Celui-là démontre chaque
jour, mieux que personne, l'écrasante supériorité de l'ensei-
gnement de M. Lecoq de Boisbaudran; seuls, presque absolu-
ment seuls, ses disciples font preuve d'une réelle originalité et
d'un savoir sérieux au service d'une facture libre, intéressante,
exempte de rengaines, ennemie de tout poncif. M. Lhermitte
est du très petit nombre d'artistes dont les gens de goût, les
délicats, suivent con amore la carrière. Animé au suprême degré
du respect de son art, jamais il ne soumet des à peu près au
jugement du public heureux d'applaudir à sa marche cons-
tamment ascendante. Le large concours qu'il a prêté à la riche
réunion de dessins qui attira tant de visiteurs dans les Galeries
de l'Art, fut pour M. Lhermitte l'occasion d'un succès sans
réserves; aussi bien des gens le croyaient-ils arrivé à l'apogée de
son talent; quelques jours après, l'ouverture du Salon se char-

1. Voir l'Art, iTm année, tome l#r, page 293 ; tome II, page 3oo ; tome HI, pages 277 et 296.

2. Voir l'Art, 2" année, tome IV, page 278.
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