L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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L'ARCHITECTURE MODERNE A ROME

i

Lorsqu'on arrive à Rome par le chemin de fer, en sortant de la station située sur le plateau
de l'Esquilin, on se trouve au milieu d'une ville entièrement nouvelle.

Ce sont des rues longuss et régulières, se coupant à angles droits, et bordées de maisons
neuves solidement construites en pierres de taille.

L'impression que l'on ressent est absolument la même que celle que l'on éprouve en arrivant
dans une ville moderne quelconque. On pourrait se croire à Munich, à Marseille ou dans un des
quartiers neufs de Paris aussi bien qu'à Rome.

Heureusement, sur une des places principales les restes un peu informes des Thermes de
Dioclétien ont été respectés, et ces ruines vénérables rappellent au voyageur qu'il est dans la ville
éternelle.

L'impression dont nous parlons est celle qu'ont éprouvée tous les hommes à esprit élevé qui
ont visité Rome depuis trois ou quatre ans; elle est admirablement exprimée dans le remarquable
ouvrage sur les antiquités romaines publié récemment par M. Gaston Boissier.

II

Il y a dans cette ville nouvelle deux monuments de création récente ; la station elle-même
et l'énorme palais où est établi le ministère des finances. L'un et l'autre ont coûté beaucoup
de millions. Us sont adaptés à leur destination spéciale; c'est un mérite incontestable. En dehors
de celui-là, ils n'ont de remarquable que leur parfaite banalité.

Le ministre est installé dans un cabinet magnifique, trop magnifique même; les solliciteurs
dévorent leur ennui dans des salons splendides; les garçons de bureau se prélassent dans des
corridors qu'on pourrait aussi qualifier de salons; mais l'artiste ne rapportera jamais de l'intérieur
ou de l'extérieur de ce superbe édifice la moindre impression ou le plus léger souvenir.

On peut en dire autant du monument qui sert de station au chemin de fer. Quiconque a pu
contempler à Paris la gare du Nord ou celle de l'Est peut à ce point de vue se dispenser de
faire le voyage de Rome.

On va construire un grand bazar qui portera le titre de Palais des Beaux-Arts, et il est facile
de prédire à l'avance qu'on aura une seconde édition du ministère des finances.

III

Le caractère spécial de la ville que les Italiens modernes ont improvisée sur les hauteurs de
l'Esquilin est précisément de n'en avoir aucun.

Nul édifice public ou privé de ce quartier nouveau ne porte, de près ou de loin, l'empreinte
du type romain ni même du type italien.

Les maisons fourniront peut-être des logements appropriés aux goûts de la bourgeoisie
moderne. C'est pour cela qu'on les a construites et à cet égard il n'y a pas d'observations à faire,
si ce n'est qu'on n'a pas tenu le moindre compte du climat et qu'on a oublié qu'à Rome il y a
six mois d'été.

On est surpris que, parmi les architectes italiens qui ont dirigé les constructions, aucun n'ait
eu la moindre inspiration artistique. 11 est probable que s'il s'en fût trouvé, les entrepreneurs
y auraient mis bon ordre, et l'administration eût au besoin opposé son véto aux écarts de la
fantaisie.

Les seuls édifices qui attirent l'oeil sont les chapelles protestantes élevées en grand nombre
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