L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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ART MUSICAL

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fournir M. Charles Blanc aux lecteurs du Temps, à de légères
réserves près.

Les dessins de Léonard que nous décrit si éloquemment le
savant académicien, le docte professeur, « ces deux dessins
« admirables que l'on voit à l'Ambrosienne de Milan », ne s'y
voient malheureusement pas, par une raison de quelque valeur :
ils n'y ont jamais existé. Cela rend leur « traduction en peinture »
assez malaisée.

Les dessins inventés par la trop riche imagination de
l'éminentissime connaisseur que la France, — ingrate patrie !
— n'a point su maintenir à la Direction des Beaux-Arts, ces
dessins ont toujours été deux peintures à l'huile, et ce collec-
tionneur raffiné, le marquis de Piccinardi dont M. Charles Blanc
prise si justement les inestimables trésors, possédait simplement
de ces peintures deux copies, joyaux « précieusissimes », il est
vrai. Aussi « les amateurs qui ont pour Léonard de Vinci toute
i l'admiration, toute la vénération que mérite ce grand homme »,
se sont-ils précipités, à la suite de M. Charles Blanc, pour
« enchérir ces deux portraits, auxquels s'attache un double inté- j
« rêt, celui qu'offre la peinture et celui qui tient à l'histoire. »

L'affluence a été telle que, le mardi 26 avril, la salle n° 9 j
de l'Hôtel Drouot s'est trouvée beaucoup trop petite; on s'y
écrasait à ce point qu'il fallut requérir l'intervention de la police
pour rétablir un peu d'ordre, sans parvenir toutefois à calmer
la fureur des enchères qui poussa au prix fabuleux de 300 (trois
cents!) francs la Béatrice de Beltraffio1, et de 290 francs le
Ludovic de Marco d'Oggione2.

La passion des amateurs une fois à ce point déchaînée, ne 1
connut plus d'obstacle, et Me Berthelin eut la douleur de ne
pouvoir adjuger à M. Charles Blanc lui-même, les « deux jolies
« madones de l'école léonardesque ». Uaarea mediocritas de
l'écrivain deux fois académique ne lui permit pas, hélas ! de
lutter sérieusement avec « un Turcaret » qui sut payer ces
bijoux, l'un 17 francs3, et l'autre 27 4, et qui, continuant à jeter
follement l'or à pleines mains, parvint à « s'improviser des
« ancêtres » par l'achat « des portraits de Morone qui ont de la
« tournure ». Trente-huit francs « un Gentilhomme espagnol^ »
et cinquante-cinq francs « un Gentilhomme dilettante6 », c'est
princier !

La 0 Vue du Grand Canal, à Venise1 », fut l'objet d'une
lutte homérique qui lui fit réaliser en un instant le chiffre invrai-
semblable de 280 francs.

L'inexpérience de l'expert s'était bornée à <t attribuer à
« Rosa de Tivoli » les nos 58 et 59, mais la vaste science de
M. Charles Blanc lui ayant permis d'être bien autrement affir-
matif, les « Paysages avec animaux, par Philippe Roos, dit Rosa
« de Tivoli », atteignirent heureusement leur légitime valeur,
soit quarante-deux francs pour le premier et seize francs pour
le second. C'est un des plus grands triomphes remportés par la
puissante influence de M. Charles Blanc, objet universel du
respect des amateurs.

« Une nature morte signée Van Streek* » s'est vendue
106 francs.

Le Portrait du Bernin, chef-d'œuvre incontesté du célèbre
Trois Étoiles9, a trouvé amateur à 70 francs; l'Angelica
Kaufmann10 « signé et parfaitement authentique », à 108 fr., et
le Tiepolo " à 220 francs.

Quant au « Martyre de sainte Catherine 12, par Gaudenjio
« Ferrari, qui a fait un si fameux tableau du même sujet au
« Musée Brera », on se l'est littéralement arraché à 78 francs.
Le succès de la « fresque douce et vénérable, de Luini, sciée et
t transportée sur toile, et représentant sainte Catherine 13 », a
été bien plus extraordinaire encore ; on n'a réussi à l'obtenir
qu'en y sacrifiant la somme de 36 francs ! !

Veuillez nous pardonner une coupable distraction ; n'allions-
nous pas oublier les « deux paysages décoratifs par Zuccarelli! »
Ils t attirèrent certainement l'attention des amateurs » puisque
— si l'héritier du savoir de M. Charles Blanc nous permet de
parler son langage, — il surgit pour eux « acquisiteur14 »
à 78 francs, la paire.

Les 81 tableaux deM.de Piccinardi n'ont pas produit
moins de 4,940 francs.

L'autorité de M. Charles Blanc qui s'est surpassé en cette
circonstance, si difficile que cela paraisse, cette autorité incon-
testable et incontestée — comme nul ne l'jgnore — est désor-
mais passée à l'état de proverbe dans le monde des connais-
seurs.

{A suivre.)

ART MUSICAL

Les Argonautes, symphonie dramatique, poème et musique
de M118 Augusta Holmes.

Les lecteurs de cette revue connaissent assurément l'histoire
du concours musical de la ville de Paris. Fondé il y a quelques 1
années, sur l'itinitiative de M. Hérold, alors simple conseiller |
municipal, il a déjà donné lieu à une première lutte artistique,
qui a mis en lumière deux œuvres également remarquables,
quoique pourvues de qualités bien différentes et pour ainsi dire

opposées. Dans l'une, l'élégante correction du style, la clarté
lumineuse du plan, l'habile mise en œuvre des matériaux mélo-
diques révélaient une main exercée, sûre d'elle-même et de ses
effets. La seconde, moins parfaite au point de vue de la facture,
dénotait un tempérament musical de premier ordre;-sous un
apparent désordre et malgré l'inexpérience qui se faisait sentir
un peu partout, on entrevoyait une personnalité puissante par
l'abondance et l'originalité de l'idée. Le jury ayant, après plu-
sieurs tours de scrutin, également partagé ses voix entre les deux

1. N° 5 du Catalogue.

2. N° 37. « Ce dernier morceau pourrait être pris DU LOIN peur un Antonello de Messine. »
Une trouvaille, ce « De loin ! »

3. N° 74.

4. N» 27.

5. No 41.

6. N° 42.

7. N« 14.

8. N" 61.

9. N° 69.

10. N» 34.

11. N» 63.

12. N" 27, avec « Cadre en bois sculpté! »
(S. N" 36.

14. Galette des Beaux-Arts, livraison du Ier juillet 1880, page ():>.
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