L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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LES THÉÂTRES MUNICIPAUX DE PARIS

ém d'un théâtre municipal à établir dans la capitale.

ans le courant de l'année 1880, le Conseil municipal de Paris, s'inspirant
sans doute du décret de la Convention nationale, en date du 14 août 1793,
nomma une Commission de douze membres, chargés d'étudier la question

Six membres de cette Commission, à différentes reprises, votèrent
avec acharnement la création d'un théâtre de drame ; les six autres
membres, non moins obstinément, se décidèrent pour un théâtre de chant.

Lettre du chevalier E. A. Petitot.

Ce que voyant, le Conseil municipal réuni, tranchant la difficulté à

la manière d'Alexandre, arrêta qu'il n'y aurait pas plus de théâtre municipal de drame à Paris,
que de théâtre municipal de chant.

Les douze membres de la Commission, à notre avis, avaient raison, chacun selon l'objet de
leur préférence ; le Conseil municipal réuni avait tort.

Qu'est-ce que le théâtre, en effet? Qu'est, en soi, cet édifice, où viennent s'entasser, à des
jours et à des heures déterminés, des milliers d'auditeurs, avides de voir et d'apprendre? Le
théâtre est-il un lieu destiné uniquement à la récréation des yeux, un emplacement propre aux
seules exhibitions de poitrines découvertes et de jambes demi-nués, une exposition de tableaux
plus ou moins naturalistes, n'ayant entre eux nul lien commun, pour ainsi dire?

Non ! le théâtre, tel que l'a compris et mis en pratique, à l'aurore des nations, le peuple le
plus artiste de la terre, le théâtre, c'est le temple de l'esprit, c'est une chaire de l'idée, c'est la
tribune publique des grands sentiments, des grandes douleurs, des actes héroïques, des faits
éclatants de l'espèce humaine; c'est le trépied sacré, que l'on nous passe cette expression, d'où
jaillit pour les masses un enseignement simple et complexe tout ensemble, réel et palpable,
vivant et saisissant, donné à l'homme souffrant et pensant, par l'homme lui-même.

« Le théâtre, a dit l'illustre poète qui emplit du bruit de sa gloire le xix° siècle tout entier,
le théâtre est un creuset de civilisation; c'est un lieu de communion humaine... C'est au théâtre
que se forme l'âme publique. »

Et vous ne vous êtes pas dit, ô conseillers municipaux de la capitale du monde , qu'il était
bon, qu'il était utile, qu'il était nécessaire de fonder à Paris des théâtres populaires. Et en
présence des turpitudes écœurantes qui s'étalent au plein feu de la rampe, en présence de
l'abaissement de l'art, de l'abâtardissement des caractères, de l'affolement des consciences, de la
disparition inattendue (honte de notre époque) de la scène où s'épanouissait la plus haute
expression du drame lyrique, l'idée ne vous est pas venue d'aider au relèvement des choses de
l'intelligence; de détourner le peuple des mauvais lieux, des rixes, des tueries; de le faire vibrer
de nouveau aux actions touchantes ou sublimes; d'apporter, de temps à autre, par des distractions
nobles et réconfortantes, quelque adoucissement à sa longue carrière de luttes et de misères !

Car ce n'est pas seulement une salle de drame que nous vous demandons, ce sont deux
vastes théâtres : l'un de drame, l'autre de musique.

Et par drame — entendons-nous sans retard — par drame, nous ne voulons point parler des
représentations actuellement en vigueur, de ces compositions extravagantes, véritables écoles de
démoralisation et de crime, mixture hétéroclite de poison et de sottise, où l'odieux le dispute à
l'absurde. Non ! le drame que nous vous demandons, c'est le drame d'Eschyle et de Sophocle,
le drame de Shakespeare et de Schiller, le drame de Goethe, le drame de Victor Hugo; en un
mot, le grand drame historique, puisé aux sources mêmes des chroniques, qui met en relief
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