L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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ART DRAMATIQUE.

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en or de Charles et de Marguerite, avec leur devise : Bien en
adviengne.

La provenance de ce manuscrit suffit pour en attester le
mérite. On sait de quel talent e'taient doue's les artistes employe's
à la cour des ducs de Bourgogne.

On a placé à l'extérieur et à l'intérieur de la reliure les
armes des ducs de Bourgogne. Celles apposées à l'extérieur ont
été copiées sur le cachet de Charles le Téméraire pris par les
Suisses à la bataille de Morat, et qui se conserve à Lucerne.

N° 219. Xenophontis... quœ extant Opéra {grœce). Anno
MDLXXXI ( 1581). Excudebat Henricus Stephanus. In-fol.,
mar. rouge doré en plein h petits fers, tr. dor. (Rel. anc.)

Superbe exemplaire réglé, très grand de marges. 11 avait été
offert à Jacques Ier, roi d'Angleterre (fils de Marie Stuart), à qui
cette édition est dédiée. Le titre est couvert d'une feuille peinte
portant une dédicace composée de 36 vers latins en or sur fond
bleu et adressée au roi par J. Gordon, qui a joué un grand rôle
en Ecosse sous ce monarque.

Cette riche et belle reliure, ornée de volutes, rinceaux de
feuillages, marguerites et griffons, est bien conservée et peut
être attribuée à l'un des Eve.

Très bel exemplaire provenant de la vente de la biblio-
thèque de Ambr. Firmin-Didot.

Après les livres, se vendront deux miniatures sur vélin
de 185 et 175 millim. de hauteur sur 114 de largeur, exécutées à
Florence, l'une à la fin du xv* siècle, l'autre au commencement
du xvi° siècle. Ce sont les portraits de Laurent de Médicis dit le
Magnifique, et du pape Léon X, d'une grande finesse d'exécu-
tion, et entourés de riches bordures à fond rouge et bleu avec
emblèmes et branches de laurier.

Au-dessus du portrait de Laurent de Médicis, la couronne
grand-ducale ; au-dessus de celui du Pape, les armes papales. Au
bas, les armes des Médicis avec leur devise : Semper.

Le marquis de Ganay n'était pas seulement un bibliophile
émérite; c'était en toutes choses un amateur délicat. Gendre du
comte de Pourtalès-Gorgier, dont le nom est resté et sera tou-
jours cher aux artistes, aux connaisseurs, aux fanatiques de
trésors d'art, il avait acquis à la célèbre vente du cabinet de son
beau-père sept tableaux que M0 Escribe vendra le 14 mai, à
cinq heures, immédiatement après le dernier coup de marteau
de son collègue, M" Delestre.

Ce sont : un Saint Martin, du Guerchin (n° 65 de la vente
Pourtalès) ; — le Portrait du cardinal Innocent Cybo, par Perino
del Vaga (n° 97, P.); — deux pendentifs, fresques de Jules Ro-
main transportées sur toile, et qui décoraient autrefois les côtés
d'une lunette de la chapelle qui suit celle des Massimi, dans
l'église des Minimes français de la Trinité-du-Mont à Rome
(n° 103, P.); — la Décollation de Saint Jean, précieux petit
panneau que le catalogue de la Collection Pourtalès (n° 150)
donnait très erronément à Albert Durer ; — M. le comte Etienne
de Ganay. un fin connaisseur, comme son père, un amant non
moins passionné de tout ce qui touche à l'art, est arrivé, en étu-
diant l'œuvre gravé de Lucas de Leyde, à conclure fort juste-
ment que ce remarquable tableau est de l'école de ce maître;
cette sagace attribution est celle qu'a immédiatement donnée
depuis, le juge le plus compétent en la matière, M. Stephan
Bourgeois, de Cologne; — une Madone, de Jean de Mabuse
(n* 175, P.); — et enfin un des principaux chefs-d'œuvre de
Claude Lorrain, gravé dans le Livre de Vérité, sous le 11° 74 *,
et qui après avoir appartenu à Lord Scarborough et à un
membre du Parlement anglais, M. William Smith, fut vendu,
en 1818, par M. Buchanan au comte de Pourtalès. A la disper-
sion du Cabinet de ce dernier, cette magnifique toile de Claude
fut adjugée au prix de 36,500 fr. Elle vaut considérablement
plus aujourd'hui.

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ART DRAMATIQUE

THÉÂTRE DU GYMNASE : MONTE-CARLO

e théâtre du Gymnase va de mal en pis, et, comme
j'ai eu l'honneur de vous le dire déjà, cette deca-
It^rT^J dence manifeste tient surtout au mauvais choix
des pièces représentées. Presque toutes se tien-
nent en dehors des préoccupations de la vie
commune et se meuvent dans l'exception. Accueillies avec une
certaine curiosité par la gent remuante des premières représen-
tations, à qui elles semblent s'adresser de préférence, elles
échouent, au bout de quelques soirées, devant le grand public
que nous appellerons, si vous le voulez, le gros public. Ce
public-là finit toujours par avoir raison, car c'est lui qui paye.
Depuis que M. Koning a pris en main les rênes du Gymnase,
les payeurs lui refusent obstinément leur confiance, et il ne lui
reste que les conseilleurs, espèces peu sonnantes et peu trébu-
chantes.

La pièce que vient de nous donner le Gymnase a pour auteur
M. Adolphe Belot, assisté de M. Eugène Nus, dont l'expérience
dramatique est notoire. Elle est extraite d'un roman intituié
la Joueuse, qui offre çà et là, dans un cadre suffisamment
curieux, des scènes prises sur le vif et d'une observation facile.
Le lecteur s'accommode volontiers de ces tableaux de mœurs

qui le transportent hors de son milieu et changent la nature de
ses sensations ordinaires. C'est que le romancier a le temps de
lui souffler sa leçon, de le préparer au voyage et d'acquitter,
chemin faisant, ses notes d'hôtel. Au cours du roman, il se
transforme petit à petit en précepteur chargé de l'éducation
d'un éphèbe. Il dirige son élève avec l'autorité du sage Nestor,
il est cru sur parole, on ne voit que par ses yeux. Le précieux
privilège du romancier fait défaut à l'auteur dramatique. Au
théâtre, chaque spectateur, si jeune et si novice qu'il soit, vovage
pour son propre compte, loue sa carriole à ses risques et périls,
et f.iit au besoin le coup de poing avec le cocher si les choses
ne tournent point à son gré. C'est le sentiment de cette indé-
pendance et de cette responsabilité qui rend le spectateur si
vétilleux et si ponctuel. Il se tient sur une défensive qui confine
à l'offensive, sachant bien qu'en pareille aventure on n'a d'autre
champion que soi-même. Voilà pourquoi tel tableau de vice,
telle peinture de passion qui s'impose au public, à la faveur du
livre, apparaît à la scène comme un ouvrage creux, sans relief
et sans fond. C'est le sort qui attendait la Joueuse dans son
incarnation de Monte-Carlo.

Les trois actes de MM. Belot et Eugène Nus affectent la

1. Commencée le 6 février iS65, elle ne s'est terminée que dans le courant c'avril.

2. N° =81 du Catalogue Pourtalès, et n'64 du Catalogue raisonné de SmitI, tome VII', page 325, où ce chef-d'œuvre est décrit sous le titre des Bergers
d'Arcadie.
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