L' art: revue hebdomadaire illustrée — 7.1881 (Teil 2)

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LES

SCULPTURES DU PARC DE MÉNARS

ne collection de sculptures du dernier siècle est en vente. Mme de
Pompadour et son frère le marquis de Marigny l'avaient formée.
Composée de vases, de statues et de groupes de proportions
colossales, la collection dont je parle est réunie dans le parc du
château de Ménars, près Blois.

Imaginez, lecteur, que, par suite de péripéties qui seraient
un désastre pour la France, on vînt vous apprendre un matin
que les marbres de Versailles vont être mis aux enchères ?
Aussitôt, dans votre esprit, commencerait l'ébranlement majes-
tueux de Neptune, d'Apollon, de Vénus, de la Paix, des Nym-
phes et des Tritons sculptés par Coysevox, Girardon, Tuby, Le
Hongre, Desjardins, Van Clève. 'Vous verriez en marche vers
l'exil tout un cortège de dieux suaves ou terribles, et si vous
êtes artiste, votre âme serait oppressée du spectacle de ces
Panathénées douloureuses.
Pour être moins profonde que s'il s'agissait des marbres de Versailles, notre tristesse est réelle
en face de la vente de demain, qui va chasser du parc de Ménars les belles œuvres de Pigalle,
Adam l'aîné, Le Moyne, Bousseau, Clérion, Vinache, c'est-à-dire les sculpteurs qui obéirent à
Mme de Pompadour comme leurs aînés avaient subi la dictature de Le Brun. Ces marbres, au
château de Ménars, étaient en leur lieu. Ils avaient décoré ce domaine princier pendant plus d'un
siècle. Marmontel les avait admirés lorsque Marigny, brouillé avec sa femme, invitait l'auteur
de Bélisaire à les accompagner à Ménars pour les réconcilier ensemble. Basan s'était épris de
ces œuvres d'art, et, plus près de nous, MM. de la Fizelière, Tarbé, de Goncourt avaient dit
incidemment le caractère et le mérite d'ouvrages exécutés sous l'impulsion de la favorite.

Pour quiconque se plaît aux retours vers le passé, Ménars était un lieu peuplé de souvenirs
et d'images. L'administration des beaux-arts veillait sur cette résidence. Lorsqu'elle apprit que
son propriétaire songeait à vendre, elle invoqua devant les tribunaux les droits de l'Etat. Une
demande en restitution des sculptures ayant fait partie du domaine royal fut introduite, mais le
tribunal de Blois, le 18 août 1880, et la cour d'appel d'Orléans, le 23 décembre, ont repoussé la
demande de l'État. Dura lex, sed lex.

Donc l'Abondance, plus légère que la chasseresse antique, penchée en avant, un pied sur le
sol, tenant dans ses mains prodigues une corne renversée, va descendre du socle sur lequel Adam
l'aîné l'a posée. Cette figure de six pieds de proportion, en marbre de Carrare, a été payée par
Louis XV dix mille livres. Elle était destinée au château de Choisy, retraite intime et somptueuse,
ruisselante des peintures de Boucher, Oudry, Lagrenée, Lafosse et Carie Van Loo. La statue de
l'Abondance est une œuvre exquise, sobre et vivante.

L'Aurore, par le sculpteur Vinache, est représentée assise sur des nuages. Elle a les ailes
demi-fermées, tient un flambeau d'une main et dans l'autre des fleurs. La tête, ainsi que celle de
l'Abondance, est un portrait. C'est Mme de Pompadour que Vinache et Adam l'aîné ont voulu
rappeler.

Jacques Bousseau, qui devint, on s'en souvient, le premier sculpteur de Philippe V, est
l'auteur d'un groupe agité, Zéphyre et Flore. La déesse des fleurs, assise, le corps légèrement
renversé, fait un geste de surprise à la vue de Zéphyre qui est venu se poser près d'elle et lui
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